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Les fêtes abrahamiques et les valeurs communes

CGNews -Emarrakech le 17 Janvier 2009

Philadelphie – A la fin du mois dernier, le Nouvel An islamique, l’année1430 de l’hégire, a été célébré immédiatement après Noël et Hanukkah. Dans un monde où les conflits ont souvent une origine religieuse, cette succession de fêtes devrait être interprétée comme un signe positif, voire comme l’occasion, pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, de se donner l’accolade.



Les fêtes abrahamiques et les valeurs communes
Pourquoi Omar ibn al-Khattab (en 644 avant l’ère commune), le deuxième calife (autorité religieuse et politique), a t-il choisi l’événement du départ de Mahomet de la Mecque vers Médine comme le premier jour du calendrier? Parce que l’événement symbolise le principe de la liberté de religion. Cette signification fondamentale est partagée par les chrétiens et les juifs pendant la célébration de Noël et d’Hannukah.

Etymologiquement, le mot arabe hijra ou hégire signifie émigration aux niveaux physique et intellectuel. Le prophète et ses fidèles se rendirent de la Mecque à Médine en 622 EC lorsque les moyens de pression et le harcèlement exercés par l’élite dirigeante des Qoraïchites devinrent intolérables. L’hégire opérée par le Prophète Mahomet et ses compagnons, n’est donc pas seulement une émigration physique mais aussi une transformation de l’environnement psychologique entraînant des changements politiques, une révolution idéologique et une réforme spirituelle.

En d’autres termes, leur émigration physique de la Mecque à Médine a montré leur volonté de chercher un environnement nouveau et sain dans lequel pratiquer leur foi. Comme beaucoup de familles d’Europe venues s’établir en Amérique, la raison principale de cette hégire était de satisfaire le droit de pratiquer leur foi en toute liberté.

Dans l’ancien monde arabe tribal, un tel voyage ne se faisait souvent que dans un sens car il comportait d’énormes risques. Chaque individu était attaché à son origine tribale presque définitivement. L’appartenance à un clan et l’ethnicité déterminaient entièrement l’identité d’une personne, voire son existence. Ainsi, abandonner sa communauté signifiait par là-même abandonner son identité.

L’hégire et, par extension, le Nouvel An islamique peuvent donc être considérés comme un progrès social, politique et spirituel. C’est le point de départ pour la construction d’un nouvel ordre social qui repose non pas sur les liens du sang, les liens ethniques ou culturels mais sur des principes idéologiques de monothéisme, d’égalité sociale et de contrat politique pour les intervenants, comme formulé dans la constitution de Médine.

En cela, le principal message de Hanukkah et de Noël est le même.

Hanukkah célèbre la victoire de la révolution juive sur les Grecs après que le roi Antioche IV se soit emparé du temple de Salomon à Jérusalem et l’ait converti en un lieu de culte pour Zeus. En 164 avant notre ère, Juda Macchabée conduisit la révolte avec succès, s’empara du temple et le dédia au Dieu Abraham. Pour les juifs, plus qu’une simple bataille politique, cette révolte est considérée comme la défense de leur liberté de pratiquer le judaïsme.

A Noël, les chrétiens consacrent la naissance de Jésus, ou du Christ le Sauveur, qui fut plus tard crucifié pour ses croyances. Pour beaucoup, c’est l’occasion de réfléchir sur ses modestes débuts et de célébrer sa vie et son enseignement.

Ces trois religions, ont en commun de terribles histoires d’oppression.

Cependant, elles évoquent aussi des victoires illustrant leur lutte commune au nom de la liberté de religion.

Célébrer Noël, Hanukkah, et le Nouvel An islamique sans se rappeler que chaque groupe s’est battu pour avoir le droit de pratiquer sa foi en toute liberté revient à procéder à un rituel dénué de sens. C’est devenu une routine qui différencie les groupes les uns des autres, construit des murs de séparation plutôt qu’il n’ouvre des portes pour s’étreindre et étreindre ce que nous partageons.

Alors que les souvenirs de cette période de fêtes commencent à s’étioler, il est bon de regarder ce monde divisé dans lequel nous vivons et de nous remémorer notre désir commun : être respectés plutôt que calomniés pour nos croyances respectives. Considérons les différences de religions non pas comme des points de divergence mais comme des points de convergence pour les peuples amenés à se découvrir les uns les autres afin d’apprendre, de comprendre, de respecter et de faire la paix.

Je souhaite qu’un jour nous célébrions nos événements ensemble et nous nous rendions compte et comprenions la lutte et la destinée que nous partageons. Pour commencer, nous pouvons déjà nous unir d’intention aux célébrations en signe de solidarité humaine autour de ces dates symboliques.




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