Les musulmans britanniques comptent sur les relations publiques pour changer leur image

None


Rédigé par par Remona Aly le Vendredi 17 Décembre 2010 à 06:00 | 0 commentaire(s)



Londres – Les dix années qui viennent de s’écouler ont été très difficiles pour les musulmans de Grande-Bretagne. Au lendemain des terribles attentats du 11 septembre 2001 à New York et des attentats du 7 juillet 2005 à Londres, les fidèles de la deuxième religion du monde en nombre d’adhérents ont été brusquement mis sous le feu des projecteurs dans les médias. La situation paraissait alors assez sombre, pourtant une lueur d’espoir a surgi de la tempête. Plus que jamais, les communautés musulmanes du Royaume-Uni allaient focaliser leurs efforts à panser les blessures, à construire, à s’engager et c’est ainsi que toutes sortes de projets venant de gens ordinaires ont fleuri à travers tout le pays.

Neuf ans après le 11 septembre et cinq ans après les attentats de Londres, la situation des musulmans britanniques a-t-elle évoluée ?

Il est difficile de répondre avec précision, mais selon un sondage YouGov mené à la fin du mois de mai de cette année, un Britannique sur deux associe l’islam à l’extrémisme et au terrorisme. Seulement six pour cent pensent que cette religion encourage la justice. Soixante-huit pour cent sont d’avis qu’elle incite à la répression des femmes et enfin 41 pour cent « ne sont pas d’accord » ou « sont vivement en désaccord » avec l’idée que les musulmans ont un impact positif sur la société britannique.

Ce sondage a été mené à la demande d’Exploring Islam Foundation (EIF), une nouvelle organisation caritative fondée par un groupe de jeunes musulmans britanniques, tous dans la vie active, et profondément préoccupés par la perception publique de leur religion. Visant à lutter contre les idées fausses sur l’islam et à faire en sorte que l’on prenne davantage conscience des valeurs universelles que cette religion véhicule et de ses contributions à l’humanité, la fondation cherche à s’appuyer sur d’excellentes initiatives locales entreprises par diverses organisations musulmanes et islamiques. Il était temps que l’islam des musulmans ordinaires prenne le devant de la scène.

L’EIF a lancé sa première campagne médiatique « Inspired by Muhammad » (Inspiré par Mahomet) en juin dernier. Cet audacieux projet de relations publiques comportait avant tout une campagne publicitaire abordant trois causes dont le prophète Mahomet était le défenseur : les droits de la femme, la justice sociale et la protection de l’environnement. Des affiches montrant des musulmans en rapport avec chacun de ces thèmes ont fait leur apparition partout dans les transports publics londoniens : dans les couloirs du métro, aux arrêts de bus et sur un bon nombre des célèbres taxis de la capitale.

Cette campagne a suscité énormément d’intérêt sur le plan national et international. Des centaines de médias en ont parlé, du Moyen-Orient au Mexique, et de New York à la Nouvelle-Zélande, touchant des millions et des millions de personnes. Au cours des deux premières semaines qui ont suivi le lancement, le site Internet de la campagne a été visité par 200 000 visiteurs originaires de 160 pays. On en a discuté sur les blogs, les tweets et les sites de réseaux sociaux.
La fondation a également reçu de nombreux courriels de musulmans faisant part de leur fierté face à une campagne qui représentait enfin les vraies valeurs de l’islam. « Inspired by Muhammad » est une initiative qui a articulé leur confiance grandissante dans leur identité de musulmans britanniques.

La réaction des principaux médias du pays a été incroyablement positive ; la campagne a même fait l’objet de plusieurs émissions comme The Big Question sur la BCC, qui a posé la question : « L’islam a-t-il besoin de meilleures relations publiques?». Les participants à cette émission – parmi lesquels le poète Benjamin Zephaniah et le rédacteur en chef du New Statesman, Mehdi Hassan - ont n’ont pas tari d’éloges sur la campagne, soulignant qu’elle constituait un très bon exemple de relations publiques pour l’islam. Sur le plan individuel, si certains blogs ont sauté sur l’occasion pour exprimer leur sentiment anti-musulman, d’autres ont en revanche encouragé l’EIF, « je ne suis pas musulman » a écrit un homme « mais votre travail m’inspire beaucoup ».

Même si les conclusions de YouGov sont accablantes, en tant que musulmans vivant en Grande-Bretagne, nous nous devons d’être, plus que jamais, plutôt proactifs que réactifs. Nous devons faire preuve de conviction au lieu de nous poser en victimes, nous devons également continuer à apporter notre précieuse contribution à l’évolution de la société britannique.

Suite à la réaction positive du public face à cette première campagne, l’EIF élabore la prochaine, qui débutera en janvier 2011 et dont le thème sera ce passé de coexistence et de compassion que partagent musulmans et juifs, leur relation importante et délicate et leur longue histoire de convivialité, éclipsée par la géopolitique.

Cette deuxième campagne de l’EIF intitulée « Missing Pages » (Pages manquantes) se veut solidaire de la Journée de la Mémoire de l’Holocauste qui se déroule le 27 janvier et expliquera que l’antisémitisme va à l’encontre des préceptes de l’islam. Un des éléments clef de cette campagne sera la participation du photographe juif américain Norman Gershman, de la Fondation Eye Contact, qui promeut la tolérance dans le monde à travers des portraits photographiques. Le photographe parlera de son livre Besa : Muslims Who Saved Jews in World War II (Besa : les Musulmans qui sauvèrent des juifs pendant la seconde guerre mondiale). Par ailleurs, l’EIF s’engagera auprès des universités en proposant un ensemble de cours spéciaux qui serviront de tribune aux différents groupes musulmans et juifs de tout le Royaume-Uni, réunis pour organiser conjointement cette initiative importante.

Les dix dernières années ont peut-être été parsemées de difficultés, elles ont néanmoins aussi préparé le terrain pour que des passerelles se bâtissent et qu’une action positive soit menée. Certes, quand on regarde en arrière, on peut éprouver un mélange de tristesse et de gratitude pour les efforts fournis, mais les musulmans britanniques peuvent désormais regarder vers l’avenir avec espoir et détermination.

Avec toute sa diversité, la Grande-Bretagne se trouve au premier plan en Europe, et nous avons là une opportunité pour que de multiples communautés britanniques se réunissent dans le dialogue et dans l’harmonie. Il reste encore beaucoup à faire, néanmoins, les premiers jalons sont posés.

###

* Remona Aly est directrice de campagne à la fondation Exploring Islam et ancienne rédactrice adjointe d’emel, magazine d’art de vivre musulman publié à Londres. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) .

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 17 décembre 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=289...



Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL

Avis important : 1- Nous ne sommes pas responsables du contenu des messages postés sous les articles de notre site. 2 - Le post du même commentaire sous divers articles et l'écriture en MAJUSCULE ne sont pas autorisés. 3 - Priére d'écrire UNIQUEMENT en français. 4 - Si vous vous sentez victime d'un contenu ou d'une reproduction.. Merci de nous tenir au courant par émail, nous réglerons au plus vite la situation (La modération eMarrakech.info)

Dans la même rubrique :
< >

Samedi 26 Mai 2012 - 11:30 Ah les Arabes !





Galerie
FIFM / Ph Brahim Taougar
Octave MORILLOT, peintre de la Polynésie
Liban vs Israél : Guerre ouvertejpg
FIFM / Ph Brahim Taougar




Derniers tweets

Ecoutez en direct Radio Aktab