Nous, tes trois enfants, nous avons tout fait pour te retenir, nous étions fous d'amour pour toi Madame Corriveau, et malgré la maladie qui te rongeait, tu en avais trop vu, trop vécu maman. J'ai été témoin de tant de tes histoires. Madame Corriveau, ne cessais-tu de répéter à la fin, n'étant plus capable de ne dire que cela, et c'était déjà beaucoup, car ton identité avec été tellement atteinte.
Alors que la maladie d'Alzheimer avait fait son chemin dans ton cerveau, je m'amusais a te dire que c'était un juif d'Europe de l'est, M. Alzheimer, Al de son petit nom, que je rajoutais, qui t'avais rencontré, monsieur Zheimer qui ne voulait plus se séparer de toi tellement il t'aimait, car il savait que tu comprenais sa souffrance et tu riais de mes farces un peu stupides. En vrai démocrate, tu respectais et voulais aider et sauver tout le monde, les noirs, les juifs, les amérindiens, les palestiniens, les italiens, sans oublier les irlandais! enfin tous ceux qui avaient eu ou qui avaient encore des difficultés à percer en Amérique. Le président est noir aujourd'hui maman, et oui, comme Martin Luther King, qui avait un rêve lui aussi.
Je t'ai tellement aimé maman, je t'ai aimé au delà de moi-même tu m'as fait prendre des risques, mais je ne t'en veux pas, j'aurais fait n'importe quoi pour te sauver. A nous, a tes enfants, tu nous a montré le chemin droit, celui que ta famille avait suivi. ''Ma famille a construit des maisons près des Kennedy Anne, tu dois être fière de nous.' Tu nous montrais leurs grosses maisons lorsque tu nous emmenais à Cape Cod, et nous étions tous impressionnés maman. Teddy tu disais, Joe et Jackie, comme bien des américains, tu les idéalisais trop, et puis il y avait Bill, qui lui aussi avait toute ton admiration, sans oublier Hillary.
Tu nous habillais comme des enfants de la côte est américaine, vestons bleus marins avec un écusson Ralph Lauren, d'ailleurs tu aimais nous habiller de Ralph Lauren, ton designer préféré, des pieds à la tête, et tu nous payais des collèges privés trop sévères, des cours d'équitation avec un ancien général d'armée polonaise qui répétait toujours de se tenir droit sur son cheval. Quand tu m'as envoyé en Angleterre pour apprendre les bonnes manières, je suis revenue en pleurant tellement j'haissais l'Angleterre.
Je me souviens de tout ce que tu nous a donné.
Tu as tout pris sur tes épaules, et Dieu seul sait que tes épaules ont du être solides.
Tu aimais a nous répéter qu'il fallait construire avec les immigrants, le melting pot américain et canadien, avec toi, c'était un must.
Oh mammy blue, je me souviens tellement de toi, et pourquoi avais-tu tenu toi qui venait d'une famille riche a marier un homme aux origines trop modestes, tu étais trop bien pour nous maman, oh mammy blue, tu voulais changer le monde, tu étais ''larger than life'' tout était possible, tu me donnais du courage, de l'estime de moi, tu m'a payé des cours a McGill, tu as cru dans ce que j'avais de bon en moi maman, tu as voulu que j'écrive, je ne t'oublierai jamais Madame Corriveau et tu vois, par ce petit mot, je rend ton message accessible au monde entier.
Note :
Oh mammy : en italien maman
Maman, tes enfants, on va te dire qu'on t'aime dans une langue qui est près de notre cœur.