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Lettre à ma mère: ''oh mammy blue''

Oh mammy blues, comme je t'aimais madame Corriveau

Anne Campagna le 2 Mars 2010

Tu es partie jeudi. Losque j'ai reçu l'appel de ma soeur pour me dire que tu avais succombé à un arrêt cardiaque, j'ai lancé le téléphone sur le mur de rage. Je n'avais pas réussi à te sauver Maman, malgré tous mes efforts. Omar, mon marocain que tu aimais beaucoup, à qui tu avais donné du chocolat a la st-valentin, est venu avec moi en taxi d'urgence vers toi, mais déjà, tu n'étais plus là. J'aurais donné n'importe quoi, n'importe quoi pour te ramener à la vie. Je me suis couchée sur ton lit de mort, et une dernière fois, je t'ai serrée dans mes bras. J'ai senti ton amour pour moi au delà de ton visage devenu tout blanc.



Nous, tes trois enfants, nous avons tout fait pour te retenir, nous étions fous d'amour pour toi Madame Corriveau, et malgré la maladie qui te rongeait, tu en avais trop vu, trop vécu maman. J'ai été témoin de tant de tes histoires. Madame Corriveau, ne cessais-tu de répéter à la fin, n'étant plus capable de ne dire que cela, et c'était déjà beaucoup, car ton identité avec été tellement atteinte.

Alors que la maladie d'Alzheimer avait fait son chemin dans ton cerveau, je m'amusais a te dire que c'était un juif d'Europe de l'est, M. Alzheimer, Al de son petit nom, que je rajoutais, qui t'avais rencontré, monsieur Zheimer qui ne voulait plus se séparer de toi tellement il t'aimait, car il savait que tu comprenais sa souffrance et tu riais de mes farces un peu stupides. En vrai démocrate, tu respectais et voulais aider et sauver tout le monde, les noirs, les juifs, les amérindiens, les palestiniens, les italiens, sans oublier les irlandais! enfin tous ceux qui avaient eu ou qui avaient encore des difficultés à percer en Amérique. Le président est noir aujourd'hui maman, et oui, comme Martin Luther King, qui avait un rêve lui aussi.

Je t'ai tellement aimé maman, je t'ai aimé au delà de moi-même tu m'as fait prendre des risques, mais je ne t'en veux pas, j'aurais fait n'importe quoi pour te sauver. A nous, a tes enfants, tu nous a montré le chemin droit, celui que ta famille avait suivi. ''Ma famille a construit des maisons près des Kennedy Anne, tu dois être fière de nous.' Tu nous montrais leurs grosses maisons lorsque tu nous emmenais à Cape Cod, et nous étions tous impressionnés maman. Teddy tu disais, Joe et Jackie, comme bien des américains, tu les idéalisais trop, et puis il y avait Bill, qui lui aussi avait toute ton admiration, sans oublier Hillary.

Tu nous habillais comme des enfants de la côte est américaine, vestons bleus marins avec un écusson Ralph Lauren, d'ailleurs tu aimais nous habiller de Ralph Lauren, ton designer préféré, des pieds à la tête, et tu nous payais des collèges privés trop sévères, des cours d'équitation avec un ancien général d'armée polonaise qui répétait toujours de se tenir droit sur son cheval. Quand tu m'as envoyé en Angleterre pour apprendre les bonnes manières, je suis revenue en pleurant tellement j'haissais l'Angleterre.

Je me souviens de tout ce que tu nous a donné.

Tu as tout pris sur tes épaules, et Dieu seul sait que tes épaules ont du être solides.

Tu aimais a nous répéter qu'il fallait construire avec les immigrants, le melting pot américain et canadien, avec toi, c'était un must.

Oh mammy blue, je me souviens tellement de toi, et pourquoi avais-tu tenu toi qui venait d'une famille riche a marier un homme aux origines trop modestes, tu étais trop bien pour nous maman, oh mammy blue, tu voulais changer le monde, tu étais ''larger than life'' tout était possible, tu me donnais du courage, de l'estime de moi, tu m'a payé des cours a McGill, tu as cru dans ce que j'avais de bon en moi maman, tu as voulu que j'écrive, je ne t'oublierai jamais Madame Corriveau et tu vois, par ce petit mot, je rend ton message accessible au monde entier.

Note :
Oh mammy : en italien maman
Maman, tes enfants, on va te dire qu'on t'aime dans une langue qui est près de notre cœur.



Commentaires

1.Posté par Anne Campagna le 02/03/2010 17:35
Merci e Marrakech pour avoir publié ma lettre. Pourquoi tu es partie si tôt maman? Est-ce qu'on ne pas assez aimée nous tes enfants? est-ce qu'on ne t'a pas assez serrée assez fort dans nos bras? Pourtant on te serrait jusqu'à presque t'empêcher de respirer. Il n'y a pas un pore de ma peau dans lequel tu n'a pas passé maman. Tu nous as traversé l'âme de l'amour universel, toi qui enseignait toutes les religions à l'école. Tu nous a montré que l'amour était possible. Je n'ai plus de larmes à pleurer. Pourquoi tu es partie exactement quand la maladie t'avais enlevé la parole? Pourquoi? Qui va parler à ta place maintenant? Et toutes ces choses que tu avais à dire sur la vie, la politique, le monde du pouvoir et de l'argent, oh mammy mammy blues, tu en avais trop vécu et trop compris, maman, c'est notre monde dans lequel tu n'étais plus capable de vivre.

2.Posté par Anne Campagna le 03/03/2010 03:23
J'ai dansé la vie avec toi comme on danse avec une femme dont tôt ou tard on sait qu'elle est condamnée par son destin, je t'ai prise et reprise dans mes bras j'ai voulu conjurer le sort, dans un tourbillon incessant ou nous avons tournoyé des années durant marquées du passé ma main s'est tendue vers la vie, mais tu étais déjà trop blessée maman, il y a des secrets qu'il ne faut pas dévoiler, des choses qu'il ne faut pas savoir.

http://www.youtube.com/watch?v=xtmVTfGJUzA

3.Posté par Anne Campagna le 03/03/2010 14:19
Je te rends ton amour comme le dit Mylène Farmer, http://www.youtube.com/watch?v=aPBzfo9sj1Q

Je te redonne tes dieux, tes symboles, tes idéaux sans sacrilège sans parjure, sans insulte, par raison de Sebrenica, de Paul Marchand, des coups de balles dans les montagnes du Nicaragua,des jeunes sans bras, je te redonne les photos des bidonvilles d'Haiti des enfants couverts de plaies, des religieuses qui n'arrivaient pas à sauver personne de l'inhumanité humaine, je t'offre mes images dans ma tête que j'assène à coup de somnifères la nuit, je t'offre la révolte des amérindiens violés jusque dans leur corps, je me libère de mon incapacité à panser les plaies d'un monde qui souffre trop de par sa faute, un monde dur, sans foi ni loi, ou la jungle règne au dessus de toutes les bonnes volontés, je te rends ton amour, laisse-moi vivre sans toi et tes idéaux.

4.Posté par Anne Campagna le 03/03/2010 14:36
Désenchantée, une génération désenchantée......http://www.youtube.com/watch?v=AGxPrIhs4Lo

je te redonne tes livres de Martin Gray et du ghetto de Varsovie, je te redonne le capitalisme a l'américaine et ses services de renseignements aux mains tachées de trop de sang dont tu avais oublié de me parler, je te redonne ton église catholique et son scandale de la Banque du Vatican maman, tu avais oublié certains détails dans tes histoires, je te redonne le mur de Berlin et le capitalisme sauvage des années subséquentes, et je t'offre la réalité d'un monde à changer qui ne changera peut-être jamais à moins que le coeur de l'humain ne devienne bon. Merci pour tout, ta fille.



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