Les métiers exercés ici sont nombreux.entre vendeurs ambulants, gardiens, locataires de parasols ou autres, un seul métier a attiré notre attention vu le danger qu'il représente pour celui qui l'exerce, et la pression physique et morale que ce dernier subit à longueur de journée.
Ces maîtres nageurs guettent en permanence l'horizon en quête d'un quelconque danger auquel seraient éventuellement exposés les baigneurs pendant qu'ils nagent tranquillement et profitent de leurs moments aquatiques, sans se rendre compte du danger potentiel qui les entoure. Ces hommes, sont à tout moment prêts à intervenir, chaque fois que cela s'avère nécessaire, pour nous sauvez vous et moi d'une noyade quasi assurée.
Etre un maître nageur c'est tout d'abord, avoir un contact facile avec les gens. Tout cela, on a pu le constater sur place, grâce au temps passé à observer ces hommes de l'ombre qui ne ratent pas une seule occasion de sympathiser avec les centaines de baigneurs sur la plage. Entre les conseils relatifs à la mise en garde contre certains aléas de la mer et des discussions on ne peut plus amicales, l'ambiance semble être des plus conviviales qui existent. En réponse à notre question sur la formation propre au métier de maître nageur, Simo et Mustapha, qui travaillent dans ce métier voilà bientôt deux années, ont affirmé que la formation reste très insuffisante puisque la durée de cette dernière qui se déroule au complexe Mohammed V, ne permet en aucun cas d'acquérir les ABC du sauvetage. En plus on n'est pas trop exigeant pour ce qui est de la condition physique du futur maître nageur, l'essentiel c'est de remplir le vide qui subsiste dans ce domaine, surtout en cette période de l'année.
Ce manque d'effectif profite pour certains puisque ça permet aux jeunes qu'ils soient étudiants ou chômeurs, de se trouver un job afin d'avoir une rentrée d'argent leur permettant d'être autonomes au moins pendant ces quelques mois de l'année. Les rémunérations quand à eux ne sont pas au beau fixe non plus. il suffit de savoir qu'un maitre nageur n'atteint même pas les deux milles dirhams en général, ceci ajouté à une réelle difficulté à atteindre son lieu de travail, le transport étant ce qu'il est au Maroc, qui plus est à la charge de l'employé en question, avec une absence de dédommagement face aux risques que le maitre nageur encourt chaque jour dans l'exercice de son travail, qui ne dure malheureusement que durant les trois mois d'été, on peut alors l'appeler un travail saisonnier. Une fois cette saison terminée, nos maîtres nageurs sont laissés pour comptes, livrés à leurs sorts ! Parmi les contraintes quotidiennes de ce métier pas si facile que ça en a l'air, Simo et Mustapha, nous ont affirmé avec désolation que leur travail en plus d'être mal récompensé, est mal compris par les baigneurs qui s'abattent sur eux d'injures.
Pourquoi ? juste parce qu'ils font leur travail de sensibilisation aux danger de la mer, ce qui n'est pas toujours perçu d'un bon œil de la part des citoyens qui considèrent que c'est une atteinte à leurs liberté individuelle de nager où ils veulent, quand ils bon leurs semble !
Quelques anecdotes qui certes font rire mais qui montrent le degré d'insouciance de la majorité des baigneurs, nous ont été avancés par Simo et Mustapha : « l'anecdote qui nous revient à l'esprit, c'est le jour où on s'est précipités pour sauver la vie d'un jeune baigneur qui était carrément entrain d'agoniser ! devinez ce qu'il nous a reproché une fois sorti de l'eau : Il nous a reproché d'être intervenu, en estimant qu'il sait très bien nager et qu'il n'a besoin de l'aide de personne ! Ces contraintes n'empêchent pas ces travailleurs « saisonniers » d'accomplir leur mission le plus honnêtement possible, malgré les conditions précaires dans lesquelles ils l'accomplissent. En attendant une revalorisation de ce métier indispensable pour nous tous, les maîtres nageurs auront besoin d'un long souffle avant de voir réaliser leurs demandes.