M. El Fassi a été nommé mercredi par le roi Mohammed VI qui l'a chargé de former un gouvernement.
Jalil, qui est en 2e année de commerce à l'université de Rabat, préfère attendre avant de porter un jugement: "C'est sur l'emploi des jeunes que je vais juger M. El Fassi", explique-t-il à l'AFP.
La première préoccupation des jeunes Marocains reste l'emploi: 70% le citent comme le thème prioritaire du gouvernement. Au Maroc, où 60% de la population a moins de 25 ans, le chômage frappe 15,5% des 15-24 ans (contre 9,4% dans l'ensemble de la société), selon des statistiques. En milieu urbain, le taux atteint 28,5% et 6,2% en milieu rural.
Tarik, un autre étudiant de 25 ans qualifie de logique la nomination du chef de l'Istiqlal au poste de premier ministre. Mais, il dit "ne pas avoir oublié la responsabilité d'El Fassi dans le scandale de la société émiratie Annajat Marine".
Ce scandale a éclaté en 2002 alors que M. El Fassi était ministre de l'Emploi dans le gouvernement du socialiste Abderrahmane Youssoufi. Une grande escroquerie avait été montée par la société émiratie qui avait promis d'embaucher des dizaines de milliers de Marocains.
Abass El Fassi avait affirmé à l'époque que son ministère surveillait le cours du recrutement qui était selon lui "normal".
Interrogés sur Abbas El Fassi, d'autres étudiants de Rabat répondent simplement ne pas s'intéresser à la politique.
"Difficile de dire que les jeunes ne sont pas intéressés par la politique, mais il est certain qu'ils n'ont pas atteint un degré de confiance pour juger la politique, qu'il s'agisse des hommes ou du système", nuance un économiste, Tawfiq Benqaraach.
D'autres, plus nombreux saluent la nomination de M. El Fassi, tout en se montrant un "peu sceptiques".
Pour sa part, Mohammed Miloudi, 30 ans, applaudit "la nomination du Premier ministre dans les rangs du parti vainqueur". "C'est démocratique et logique: ce sont les électeurs qui ont donné leurs voix à ce monsieur".
Comme saisi par un doute, avec une petite grimace, Mohamed évoque soudain la santé et l'âge de M. El Fassi: "Il a 67 ans et je ne sais si sa santé est solide ou fragile".
Pour Mohamed Layadi, chercheur à l'université de Casablanca, "le profil de M. El Fassi comme Premier ministre est classique". "Aucun parti marocain ne s'est rajeuni au niveau des chefs".
A la médina de Rabat, où s'alignent des marchands de pâtisseries, des bijoutiers et des vendeurs de menthe, c'est sur la hausse du prix du pain que la discussion bat son plein.
Les mécontents en veulent au gouvernement sortant - où M. El Fassi était ministre d'Etat sans portefeuille.
Autour d'un étal de pâtisseries, Nouzha Magdy, 50 ans, dit "bien aimer" le nouveau Premier ministre. Ses clientes se montrent plus sceptiques. L'une d'elle, Bouchra, 27 ans, affirme qu'"ils (les hommes politiques) sont tous pareils".
Mohamed, 60 ans, affirme fièrement qu'il a connu personnellement tous les vétérans de l'Istiqlal, parti fondé en 1944 et qui a dirigé la lutte pour l'indépendance (1956).
Son épouse Jamila, 54 ans, fait mine de s'adresser directement à Abbas El Fassi: "Surtout, qu'il n'oublie pas le peuple, car c'est lui la base".