Karachi (Pakistan) – Il y a beaucoup à apprendre des récentes attaques perpétrées contre plusieurs églises en Malaisie suite à l’emploi du mot Allah (mot qui signifie Dieu en arabe) par les chrétiens de Malaisie qui vient diviser une société par ailleurs variée.
La querelle a commencé lorsque les autorités gouvernementales ont décidé, l’an dernier, d’interdire à l’église évangélique de Sabah, sur l’île de Bornéo, l’importation d’ouvrages religieux, en réponse à l’emploi du mot par les chrétiens. La publication catholique romaine, The Herald, a également reçu plusieurs avertissements de la part du gouvernement lui indiquant que sa licence serait révoquée si elle continuait de parler d’Allah pour évoquer Dieu.
Même si, par la suite, le gouvernement malaisien est revenu sur sa décision et a annulé l’interdiction, permettant de ce fait à The Herald d’appeler Dieu Allah, l’annulation de l’interdiction a entraîné une avalanche d’attaques de la part de groupes extrémistes à l’encontre d’églises et écoles catholiques dans tout le pays.
L’interdiction résultait d’une loi de 1986 qui défendait aux non-musulmans d’utiliser les mots arabes tels que Allah, Baitullah (maison de Dieu), Salat (prière) et Kaaba, un lieu à la Mecque considéré comme étant le plus sacré par les musulmans.
La mise en application stricte de ces lois a mis à l’écart certaines communautés religieuses, comme les récentes violences l’ont montré. Cependant, les minorités malaisiennes ont connu des problèmes avant même que des bombes incendiaires ne soient lancées sur des églises.
La majorité des Malais (groupe ethnique majoritaire en Malaisie) sont musulmans, ce qui amoindrit les chances des minorités religieuses d’accéder à l’enseignement supérieur et aux fonctions officielles. L’article 153 de la constitution de la Malaisie protège la situation privilégiée des Malais majoritaires et autres groupes natifs de Malaisie. En conséquence, des directives ont été fixées relativement aux quotas réservés aux Malais dans les domaines du service public, des bourses d’études et de l’enseignement public, qui leur garantissent souvent des places privilégiées.
Dans son blog « 1Malaysia », qui vise à construire la paix et à engager les personnes dans des processus gouvernementaux, le Premier ministre Najib Razak a condamné les attaques menées contre les églises et a insisté sur le fait que la violence n’est pas représentative de l’idéologie malaisienne ou islamique au sens large. Peut-être que les dirigeants tentent véritablement de promouvoir les bonnes valeurs mais la question suivante reste sans réponse en Malaisie : un seul groupe a-t-il le droit exclusif d’employer certains mots ?
Au Moyen-Orient, les Arabes chrétiens et juifs ont employé Allah et ses variantes pendant des siècles pour se référer à Dieu. De la même façon, les Pakistanais chrétiens utilisent Khuda pour évoquer Dieu, tout comme leurs voisins musulmans. Il ne s’agit donc pas d’un problème religieux mais bien d’un problème linguistique.
Toutefois, la polémique se poursuit en Malaisie au sujet de la traduction du mot « Dieu » en malaisien bahasa. Tuhan, dont certains prétendent qu’il devrait être employé à la place de Allah, signifie-t-il davantage « Seigneur » que « Dieu » ? N’y a-t-il pas un terme spécifique pour Dieu en malaisien bahasa ? Et s’il n’en existe pas un, le mot Allah peut-il être employé dans des textes religieux pour se référer à Dieu puisque certaines indications laissent penser qu’il a été utilisé en Malaisie depuis les années 1600 ?
Il est intéressant de noter que la Bible et le Coran confirment leur foi dans un Dieu commun, le Dieu d’Abraham. Si nous partageons le même Dieu, pourquoi ne partagerions-nous pas le même nom pour ce Dieu ?
Les langues ne sont pas façonnées dans la pierre ; elles évoluent constamment et reflètent les changements sociaux. L’usage commun du mot Allah aurait pu permettre aux Malaisiens musulmans et chrétiens de s’entendre. Au lieu de cela, il est devenu une force qui divise.
Quoi que l’on puisse penser de Shakespeare, sa question « Qu’y a-t-il dans un nom ? » est pleine de bon sens. Si nous appelions Dieu autrement, serait-il aussi miséricordieux ?
* Sundus Rasheed, de Karachi au Pakistan, organise et crèe des contenus pour la radio anglophone City FM89. Elle commente également différents problèmes sociaux et les événements de culture pop.