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Nessma TV : quelle télé pour quel Maghreb ?Sarra Grira de Tunis (eMarrakech) le 3 Septembre 2009
Sarra Grira de Tunis : Le projet était des plus louables et alliait originalité et esprit d’initiative. Une chaîne de télé maghrébine ? Les professionnels des médias se voyaient déjà réussir là où leurs dirigeants avaient échoué, à savoir concrétiser le rêve d’union du Grand Maghreb. Pour les vingt ans d’une UMA fantôme, il était temps.
Certes, Nessma TV a été initialement lancée à l’initiative du groupe Karoui and Karoui pour couvrir les péripéties de la version maghrébine de la Star Academy. Cependant, des remous financiers ont obligé le tandem à augmenter le capital de la chaîne, se retrouvant du coup actionnaire minoritaire. Les nouveaux patrons ? Il s’agit du premier ministre italien Silvio Berlusconi et du non moins célèbre homme d’affaires tunisien Tarak Ben Ammar (que certains connaissent comme l’ancien manager de Michael Jackson). La nouvelle équation a fait grincer quelques dents mais qu’à cela ne tienne : la chaîne aura désormais les moyens de ses ambitions.
Mais c’était vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Bien sûr, le ton de la chaîne est décomplexé, les spots originaux et les logos largement plus réussis que ce qu’offrent ses concurrentes. Alternant dialectes maghrébins et langue française, le discours rompt avec les accents guindés et surfaits auxquels on nous a habitués. Pour le mois de ramadan et côté programmation, la chaîne a misé sur des feuilletons de qualité comme le fameux « Bab El Hara » qui en est à son quatrième volet ou encore « Houdou’ Nesby » (Calme relatif), dernier opus du réalisateur tunisien Chawqi El Majeri. Mais l’on ne juge pas une chaîne uniquement à la qualité de ses séries mais aussi –voire surtout- au talent de ses présentateurs. Et c’est là que le bas blesse. En effet, dès qu’on regarde du côté du talk show phare de la chaîne, à savoir « Ness Nessma », le téléspectateur averti perd vite ses illusions. Le concept, le plateau, les rubriques de l’émission : tout rappelle étrangement « Le Grand Journal » de Canal +, l’humour en moins. La rubrique de mode d’Agnès, le petit journal de Yann Barthès et jusqu’au « Service Après Vente des émissions » d’Omar et Fred ont été respectivement repris par Kaoutar Boudarraja dite « Kao » (Maroc), Amine Idjer (Algérie) et Maha Chtourou (Tunisie). Quant aux interventions de Sawsen Mâalej en « Anissa Poucette », comment ne pas penser aux sketchs de Florence Forestier à France 2, sur le plateau de Laurent Ruquier ? Bref, le plagiat est si évident qu’il fait de l’ombre à certains reportages somme toute assez réussis de l’émission, portant notamment sur l’histoire du Maghreb.
Et si le choix des invités est incontestable, il ne sert malheureusement souvent qu’à rehausser le niveau du programme et à faire oublier les déboires du présentateur Fawaz Ben Tmassek, dont les questions tanguent entre provocation et éloges, coupant souvent la parole à ses invités.
Après avoir longtemps été le monopole d’une seule chaîne nationale, le paysage audio-visuel maghrébin connaît depuis quelques années une régénération qui se fait souvent par le biais de la jeunesse. Il est de fait déplorable que celle-ci trahisse le dynamisme et la créativité qui lui sont généralement dévolus. L’équipe de Nessma TV, tout en jouissant d’un certain potentiel et de moyens financiers certains, devrait rehausser la barre de ses ambitions et miser sur l’originalité de son concept. Histoire de sortir les maghrébins des mauvaises habitudes du suivisme aveugle et inintelligent.
Said Taghmaoui invité de Ness Nessma
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