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Pakistan : les temps changent

Ayeda Naqvi le 2 Juillet 2009



Lahore (Pakistan) - Ce dimanche, c’était un dimanche comme je les aime. Cela a commencé avec la lecture du journal du matin qui m’est d’habitude pénible ; or cette fois-ci, dans la section du week-end, il y avait des photos prises de personnalités diverses à deux événements différents, portant les rubans verts que j’avais créés pour exprimer le soutien à nos troupes et à notre pays.

Les personnalités sur les photos sont de celles qu’on photographie généralement pour les rubriques mondaines des magazines à la mode, les montrant de sortie dans les endroits les plus huppés. Et pourtant, sur ces photos-là, pour une fois, ils avaient l’air différent, l’air de se soucier du Pakistan et non pas juste d’en avoir la nationalité.

En feuilletant un autre journal, au milieu des nouvelles accablantes de morts et de personnes déplacées, j’ai vu le nom de Hum (We) Pakistani, organisation parapluie pour laquelle je travaille et qui chapeaute une vingtaine d’organisations à but non-lucratif pour venir en aide aux personnes déplacées, victimes de la guerre qui sévit dans le Swat.

Ces organisations ont déjà envoyé une aide matérielle équivalant à huit millions de roupies (presque 100 000 Dollars US) à Mardan ainsi qu’à d’autres zones touchées par la guerre. Nous enverrons bientôt quatre millions supplémentaires que nous venons juste de collecter.

Je suis tombée sur un reportage selon lequel, dans différents villages de la région du Swat, tous les habitants avaient pris les armes contre les Taliban et avaient aidé l’armée à les chasser. Il y avait également un article à propos du Sunni Tehreek (organisation religieuse) à Lahore, qui s’oppose aux Taliban. Cette nouvelle-là m’a particulièrement frappée, car la veille, j’avais vu justement des membres de ce groupement de maulvis (religieux) scander des slogans contre les Taliban sur la Mall Road, une des rues les plus encombrées de Lahore. Dis donc, me suis-je dit, les temps changent !

Ici à Lahore, le déjeuner du dimanche est généralement un repas au cours duquel nous mangeons trop et ensuite, nous passons le reste de la journée à nous frotter le ventre. Mais ce dimanche, j’ai décidé de rejoindre mes amis qui ont fondé le Critical Mass Movement. Faisant partie d’un mouvement écologique mondial, le Critical Mass de Lahore est un groupement de cyclistes écologistes qui veulent stopper notre dépendance aux véhicules, qui consomment de l’essence et qui polluent.

Ce n’est qu’une fois sur nos vélos tous les 25, dans les rues de Lahore, que je me suis rendu compte que ce mouvement allait au-delà de l’écologie et qu’il s’agissait aussi d’une façon de se rapprocher de la ville et de ses habitants - chose impossible à faire de la même manière quand on est en voiture- et qu’il s’agissait aussi de vivre les bruits et les odeurs de la ville qu’on aime et dans laquelle pourtant on vit comme dans une bulle.

Mais surtout, c’était l’occasion , en tout cas pour moi, d’en finir avec cette peur que Lahore soit une ville dangereuse.

Alors que nous roulions dans la ville avec nos bicyclettes, nous avons rencontré un autre groupe engagé dans le social, les Zimmedar Shehri (citoyens responsables), balayant les ordures devant l’entrée d’un magasin. Comme le disait récemment un correspondant du New York Times, perplexe : « c’était une chose étrange à faire, surtout pour ces étudiants d’écoles privées réservées à l’élite, et qui normalement passent leur dimanche après-midi à se détendre dans leurs maisons climatisées ».

Et pourtant, armés de pelles et de sacs poubelles, ces jeunes Pakistanais ont bravé la chaleur de juin – plus de 38 degrés à l’ombre – et ont balayé les rues de Lahore pour apporter un changement tangible. Ce que ce groupe cherche à faire c’est d’inculquer aux gens un esprit de communauté en travaillant côte à côte avec d’autres personnes, pour nettoyer les ordures qui traînent sur le marché depuis une année ou pour aider à acheter des livres pour les étudiants.

Pour ce groupe, il est très important d’inculquer le sens du devoir civique aux citoyens du Pakistan, et il s’efforce de réunir les gens, pour leur enseigner à aimer leur environnement autant que leur maison.

Certes pour un grand nombre de personnes, voir ces gens bien habillés balayer les rues de Lahore a quelque chose d’ « étrange », mais il y a beaucoup de choses étranges qui se produisent ces jours-ci au Pakistan.

Voir vingt-cinq personnes en train de rouler à vélo à travers Lahore est assez bizarre. Et je sais que le succès d’une chose aussi simple que la campagne du ruban vert symbolisant le soutien à nos troupes et à notre pays est une nouveauté pour bien des gens.

La spectacle des maulvis scandant des slogans anti-Taliban sur la Mall Road était certainement étrange, en tout cas pour moi. Ou encore, voir une adolescente à Liberty Market – le quartier commerçant le plus actif de Lahore - portant un tee-shirt avec l’inscription « Personne ne quitte la maison . J’adore le Pakistan » était quelque chose que je n’avais encore jamais vu. En fait, toute cette vague de fierté et de sentiment d’appartenance qui semble déferler sur la nation est une nouveauté.

C’est sûr, il se produit d’étranges choses au Pakistan ces jours-ci. Il était temps !

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* Ayeda Naqvi (ayedanaqvi@yahoo.com), journaliste, vit et travaille à Lahore. Article abrégé distribué par le Service de Presse Common Ground (CGNews) avec l’autorisation de l’auteur. Le texte est disponible dans son intégralité (en anglais) sur www.dailytimes.com.pk.




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