EM/ Votre livre «Français et Américains : l’autre rive» de quoi s’agit-il au juste ?
J’ai voulu aider les Français à mieux comprendre leur propre culture, en passant par le détour de l’observation d’une culture fortement différente (américaine en l’occurrence). Mon propos est interprétatif, voire explicatif, pas seulement descriptif ; avantage : il s’agit-là d’un travail original, inconvénient : c’est une approche très subjective et non balisée.
EM/ «Français et Américains : l’autre rive» est également téléchargeable sur le web, cette action ne risquerait-elle pas de diminuer vos ventes papier ? Etes-vous pour le copy left au lieu du right?
Je suis favorable à une pluralité aussi large que possible de modalités d’édition. Dans ce cas-ci, le livre est disponible gratuitement sur le Web en même temps qu’il est vendu en version papier traditionnelle. En fait, il s’agit-là du premier livre en open source. Pendant 28 mois (à partir de novembre 2000), les lecteurs internautes ont pu réagir aux versions successives que je mettais en ligne chaque mois. Cela m’a permis de déterminer quel était mon lectorat et ses souhaits au lieu de lancer un livre papier comme une bouteille à la mer en espérant qu’il serait bien reçu. Le fait que je réponde systématiquement, le jour-même, aux 4000 e-mails que j’ai reçus, et que j’envoie plus tard à chaque correspondant l’ébauche de texte que son message m’a suggéré, m’a aussi aidé, en créant un groupe de lecteurs très fidèles et prosélytes.
De plus, lors de sa parution chez Village Mondial / Pearson Ed., en mars 2003, de nombreux journalistes avaient déjà lu la version électronique, ce qui a énormément facilité la couverture par les medias (plus d’une centaine de passages). Je crois donc pouvoir dire qu’il se vent plus de livres parce qu’il est aussi proposé gratuitement. Ceci va évidemment à l’encontre de la façon normale de penser à la française (« ou bien c’est gratuit, ou bien c’est payant, mais ça ne peut pas être les deux à la fois »), comme de nombreux éditeurs me l’ont fait comprendre péremptoirement «ça ne peut pas marcher, sans même disposer des faits…
EM/ En lisant votre ouvrage, on a l’impression que les français sont très archaïques par rapport aux américains ? Confirmez-vous ce constat?
En fait, on peut dire, à l’inverse, que les Américains sont plus près des Primitifs (notamment plus simples, moins complexes) que les Français. En même temps, ils sont plus engagés dans la Modernité, dans laquelle la France entre bon gré mal gré. Mais je me demande si, dans un monde qui devient d’une extrême complexité, la culture américaine, qui a connu le succès que l’on sait grâce à la simplification par les process, ne va pas être désavantagée par rapport à des cultures plus brouillonnes mais plus capables d’émergences.
EM/ Le système de management au Maroc est fortement inspiré du français, vos constats sur les français sont-ils valables pour les marocains?
Il y a pour sûr des aspects du management français (mais aussi du fonctionnement du monde politique, de la justice, etc.) qui doivent changer pour que la France soit pleinement équipée pour une performance économique sans laquelle il n’y a pas de survie culturelle. Je ne me hasarderai pas à des transpositions à d’autres cultures – l’exercice m’est déjà assez difficile pour la culture française…
EM/ Un mot sur vos projets d’avenir?
Je suis en train de travailler sur mon prochain ouvrage, sur la mentalité française (sans me servir cette fois-ci du détour américain).
EM/ Quel message, voulez-vous transmettre aux lecteurs de Emarrakech?
Un message d’amitié pour ce pays magnifique, où il y a tant de finesse et tant de cœur.