Politique américaine: les Arabo-Américains entrent en scène


Rédigé par CGNews, James J. Zogby le Jeudi 27 Septembre 2007 à 12:29 commentaire(s)


James J. Zogby – Faire de la politique n'est jamais facile. Pour les Arabo-Américains, cela a parfois été encore plus difficile.


Malgré tout, les Arabo-Américains ont réussi depuis 30 ans à trouver des terrains d'entente pour s'organiser politiquement, pour se mobiliser sur des questions d'intérêt commun, pour se faire reconnaître dans le monde politique et y avoir accès.

La tâche n'a pas été facile. Trop souvent, la différence des origines, la concurrence des idéologies et des priorités ont joué le rôle d'une force centrifuge qui tiraillait la communauté. Depuis 30 ans, la plupart des dirigeants reconnaissent la nécessité de se serrer les coudes. Aux niveaux national et local, ils ont construit des institutions et des organisations qui ont cimenté une communauté et un programme d'action arabo-américain unifiés.

A mesure que l'organisation des Arabo-Américains suivait une courbe ascendante, la communauté a vu ses efforts récompensés par une reconnaissance accrue et l'accès au monde politique. Ici encore, la route a été semée d'embûches, mais les problèmes ont finalement été surmontés.

Il y a 20 ans encore, les efforts politiques des Arabo-Américains étaient systématiquement ignorés. Certains candidats renvoyaient leurs signatures et leurs contributions, d'autres allaient même jusqu'à attaquer ceux de leurs rivaux qui avaient accepté le soutien d'Arabo-Américains. Mais à force de travail et de persévérance de la part des dirigeants, grâce au soutien de personnalités politiques comme Jesse Jackson et Ronald Reagan, grâce à la dénonciation par les médias d'un comportement d'exclusion flagrante, les Arabo-Américains sont enfin sortis du tunnel.

Aujourd'hui, ils sont mieux organisés et mieux considérés que jamais. Certes, des problèmes demeurent, mais la communauté a les moyens et le soutien nécessaires pour les surmonter. Ainsi, lorsque les Arabo-Américains se réuniront fin octobre, à l'occasion de leur Conférence Nationale quadriennale des Dirigeants (National Leadership Conference), ils le feront avec confiance et détermination.

Ces conférences, organisées avant chaque élection présidentielle, visent à préparer la communauté au scrutin à venir.

Selon les indicateurs précoces, la manifestation sera caractérisée, cette année, par une croissance de la communauté. Les efforts de rapprochement ont permis de réunir les nombreuses et diverses composantes de la communauté, sous l'aiguillon notamment des difficultés considérables que connaissent aujourd'hui, non seulement les Arabo-Américains, mais aussi la nation tout entière.

La guerre en Irak, le malheur des Palestiniens, l'agitation politique continue au Liban, la dégradation constante de l'image des Etats-Unis dans le monde arabe, les menaces pesant sur les libertés civiques et le débat difficile sur l'immigration inquiètent, bien sûr, les Arabo-Américains. Mais tous ces problèmes inquiètent tout autant l'ensemble de la nation.

Cette année, les Arabo-Américains vont tenter de trouver un créneau pour intervenir dans le débat national, sur ces questions comme sur d'autres.

A la conférence de cette année, ils s'organiseront et se donneront les moyens d'être présents dans le processus politique. Ils tâcheront également d'accéder directement aux candidats et aux équipes de campagne des présidentiables.

Jusqu'à la conférence qui a précédé la présidentielle de 2000, seuls deux candidats s'étaient montrés dans ces manifestations arabo-américaines, Bob Dole et Jesse Jackson, tous deux en 1998. Al Gore et John McCain avaient tous deux participé à la conférence précédant le scrutin de 2000. Lors de la conférence précédant l'élection de 2004, enfin, tous les candidats démocrates et la présidente de la campagne de Bush avaient accepté l'invitation.

La prochaine conférence constituera le rassemblement le plus représentatif dans l'histoire arabo-américaine. Pourtant, les principaux candidats n'ont pas encore confirmé, quoique que ce ne soit pas pour "les raisons habituelles". Il faut dire que la communauté s'est trouvée prise entre deux feux, dans le conflit qui oppose l'Etat du Michigan et ceux qu'on appelle "les quatre premiers Etats". Je vous explique.

Comme toujours, la Conférence Nationale aura lieu dans le Michigan. Mais, cette année, le Michigan a avancé la date de ses primaires à la mi-janvier, ce qui a eu pour effet de déchaîner l'ire des quatre Etats qui figurent habituellement en première place sur le calendrier électoral (Iowa, New Hampshire, Caroline du Sud et Nevada). Les quatre Etats en question ont donc demandé aux présidentiables de signer une déclaration par laquelle ils s'engagent à faire l'impasse sur le Michigan. Alors que plusieurs candidats avaient déjà manifesté leur intention de participer à la Conférence arabo-américaine, ils font maintenant machine arrière.

Il ne s'agit pas d'une volonté d'exclure délibérément la communauté, mais l'effet sera le même. L'Arab American Institute a donc demandé aux quatre Etats de renoncer à la déclaration, ne serait-ce que par égard pour la Conférence et pour ne pas forclore la participation de la communauté au débat national. Les premières réactions sont encourageantes. La presse nationale commence à relater l'incident de la règle édictée par les quatre Etats et de ses conséquences involontaires.

On verra avec le temps si les candidats bénéficient d'une dérogation qui leur permettrait d'être présents à la Conférence. Il serait à mon avis important, et dans l'intérêt des Arabo-Américains comme dans celui du débat politique national, qu'ils le soient.

*James J. Zogby est le président fondateur de l'Arab American Institute (AAI).



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