Billström: Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, une importante population irakienne, composée essentiellement de Kurdes, vit en Suède depuis les années 1970 et 1980. On évalue à quelque 80.000 à 100.000 le nombre d'irakiens vivant dans notre pays. Ils sont en contact avec leurs familles au pays et leur font savoir que la Suède peut leur offrir un refuge sûr.
Une autre raison est que l'an dernier, le gouvernement de gauche sortant a mis en place une législation provisoire qui donnait une deuxième chance à des milliers d'Irakiens précédemment déboutés de leur demande d'asile. Leurs dossiers ont ainsi été réexaminés et beaucoup d'entre eux acceptés. Dans l'ensemble, la situation a été comprise comme un signal.
Un signal qui semble aujourd'hui poser quelques problèmes à la Suède?
Billström: Ces mois derniers, certaines régions du pays ont dû gérer un afflux supérieur de demandes d'asile en provenance de l'Irak supérieur à la moyenne. Ce phénomène est une source de préoccupation pour le gouvernement. Nous devons trouver un moyen de gérer la situation parce qu'elle pèse lourdement sur les écoles, le marché du travail et, peut-être avant tout, sur la capacité de ces nouveaux venus à s'intégrer dans la société suédoise.
Mais la Suède ne fait montre d'aucun des graves problèmes sociaux qui se sont développés dans d'autres pays de l'UE.
Billström: A l'heure actuelle, le désagrément et les protestations exprimés à l'égard de l'afflux d'Irakiens restent modérés. Ils atteindront leur maximum d'ici quelques années. C'est alors que nous constaterons les impacts au niveau des écoles, de l'emploi et des problèmes sociétaux. Mais nous essayons de prévoir l'avenir. A l'heure actuelle, l'économie tourne bien. C'est un grand avantage.
Dans certains cas, nous parvenons à leur trouver des emplois dans l'industrie: Mais pour les autres, la remise à niveau et tout ce genre de chose constituera le gros du problème. Il faut également considérer les personnes des classes moyennes qui ont quitté leur pays. Le gouvernement irakien a dit, et nous le confirmons, que la majorité des Irakiens devra rentrer chez eux lorsque les conditions de paix et de sécurité permettront de reconstruire le pays.
Le pays a besoin de médecins, d'ingénieurs, d'infirmières, de juristes, voire de quelques hommes politiques. C'est aussi une chose dont nous devons discuter avec eux. Nous sommes prêts à leur offrir un refuge, mais pour un certain temps seulement. Il faudra bien qu'ils retournent chez eux un jour ou l'autre. Sinon, comment l'Irak pourrait-il être remis sur pied et en état de marche?
Est-ce que cela veut dire que votre pays se détourne lentement du modèle libéral de politique d'immigration qui lui a valu tant de louanges?
Billström: Ce n'est pas que notre législation en matière d'immigration soit plus souple que dans les autres pays d'Europe. Mais l'effet de nos lois a malheureusement été que les gens qui ont quitté l'Irak pour venir se réfugier en Suède ont tous reçu une carte de séjour tôt ou tard.
Cette situation a envoyé des signaux malencontreux parce que de fait, s'il y a responsabilité partagée – et je pense que c'est important pour l'Union européenne, à savoir que tous les pays prennent leurs responsabilités – cela signifie que nous devons tous avoir les mêmes règles et la même application de ces règles.
Il s'agit d'un dossier derrière lequel la Suède met tout son poids au niveau de l'UE. Je ne vais jamais à une réunion du Conseil des Ministres à Bruxelles sans parler de la nécessité d'élaborer cette politique d'asile commune à toute l'Europe.
Avez-vous obtenu des progrès? A plusieurs reprises, déjà, vous avez exhorté les autres Etats Membres de l'UE à ne pas laisser la Suède affronter seule le problème des réfugiés. Vous avez souvent dit que l'UE doit partager le fardeau de la crise.
Billström: Oui et non. Parfois je vois une ironie du sort dans le fait que la Suède – qui n'a pas pris part à la guerre en Irak, qui ne s'est pas jointe à l'alliance, qui s'est mise en quatre pour la paix et qui est géographiquement la plus éloignée du conflit – soit justement le pays qui reçoit le plus de réfugiés. On se pose des questions, parfois.
Quelles solutions entrevoyez-vous au sein de l'UE? Voyez-vous une amorce de progrès?
Billström: Le débat est en flux constant. Nous avons maintenant réussi au moins à nous asseoir autour d'une même table pour étudier le Livre vert présenté par la Commission au mois de juin. En 35 questions, ce Livre vert interroge tous les Etats Membres sur la façon d'élaborer une politique commune du droit d'asile.
A certains égards nous avons fait des progrès. Mais nous arrivons maintenant à l'étape suivante – et c'est important – qui consistera à aider la Syrie et la Jordanie, deux pays de la région qui ont accueilli à eux seuls plus de deux millions de réfugiés irakiens.
Si nous n'intervenons pas rapidement, il se produira inévitablement une déstabilisation politique de la Syrie et de la Jordanie qui conduira à des problèmes beaucoup plus graves encore. Nous devons tout faire pour que les réfugiés reçoivent une aide et qu'ils puissent subvenir à leurs propres besoins.
* Petra Tabeling, journaliste pigiste pour la presse écrite et la radio, exerce en Allemagne.