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Préservation, Revitalisation et Promotion de la Place Jemaa El Fna
Synthèse des travaux
Suite à la demande de plusieurs lecteurs de Emarrakech, nous publions ici la synthèse des travaux des deux journées d’études organisées dans le cadre du projet «Préservation, Revitalisation et Promotion de la Place Jemaa El Fna» par l’Association Place Jemaa El Fna, Patrimoine oral de l’Humanité, avec le soutien de l’Unesco et du gouvernement japonais. Avec la contribution décisive de M. Said Mouline et de la Direction de l’Architecture
(de gauche à droite) Juan Goytissolo, Susanne Badermann et Widad Tebaa - Ph A. Alaoui
Etat des lieux :
Sur le plan historique : l’histoire de Jemaa El Fna est mal connue, on n’a aujourd’hui à notre portée que des bribes décousues d’une histoire encore à écrire. Cette absence d’archives équivaut à une absence de mémoire, particulièrement regrettable s’agissant d’un espace aussi emblématique que celui de la place Jemaa El Fna.
Considérée comme le cœur et l’âme de la ville, Jemaa El Fna est un espace particulier dont la préservation implique à la fois la dimension physique, tangible et la dimension orale et immatérielle :
* Or, le cadre physique a connu des mutations extrêmement rapides : urbanisation effrénée, aménagements peu conformes à la réglementation en vigueur, absence d’un plan d’aménagement, pression touristique…La surélévation, le pavage intempestif, la pollution visuelle générée par les enseignes lumineuses sont autant de manifestations de cette gestion pour le moins contestable ou tout au moins désinvolte d’un lieu doublement classé : à la fois en tant que patrimoine oral et immatériel de l’Humanité et en tant que patrimoine mondial puisqu’il fait partie intégrante de la médina de Marrakech. L’absence d’un organisme de gestion de la place, est certainement à l’origine de nombre de décisions jugées contestables car elles n’impliquent pas toutes les instances concernées : communauté urbaine, Agence urbaine, associations, acteurs de la place…
De même, la dimension orale et immatérielle subit directement les effets de cette détérioration du cadre physique : déséquilibre dans les fonctions traditionnelles de la place, restauration et commerces ont pris le pas sur l’oralité proprement dite alors que précisément, c’est elle qui les fait vivre. On constate que dans le sillage de cette proclamation, il n’y a eu aucune prise en compte des droits sociaux des acteurs de la place : retraite, couverture médicale, revenu minimum… Ces derniers vivent dans un état de dénuement qui soulève à terme la question du devenir de ce patrimoine dont il sont les précieux dépositaires.
* L’absence des autorités locales à ces journées d’études et leur peu d’empressement à engager un dialogue sur un espace aussi complexe et aussi déterminent que celui de Jemaa El Fna, pour les habitants de Marrakech comme pour la communauté internationale, est un facteur aggravant, qui ne présage pas d’une amélioration de la situation, à court terme…Pourtant le devenir de Jemaa El Fna, aujourd’hui, passe nécessairement par une vaste concertation entre toutes les instances impliquées et en premier lieu, les acteurs de la place eux-mêmes.
Conteurs - Ph A. Alaoui
Recommandations :
* Etablir les bases d’une concertation possible entre toutes instances concernées, selon le vœu réitéré de l’Unesco.
* Concernant le cadre physique, il faut prendre en compte à la fois la nécessité de préserver la spontanéité de la place, la liberté qui a toujours été sienne et en même temps, éviter le piège du laisser aller, qui pourrait conduire à des conséquences regrettables et irréversibles. La place ne doit pas être muséifiée mais dans le même temps, elle doit se garder de toute intervention intempestive qui risquerait de la dénaturer à tout jamais.
Le problème étant jusqu’où on a le droit d’aller, quelle est la limite à ne pas franchir en matière d’intervention sur un tel site ? Quelle époque, quel siècle, sera l’étalon de mesure auquel il faudra se référer, surtout pour un espace aussi mouvant que Jemaa El Fna, au patrimoine aussi fugace que volatile : l’oralité ? L’idéal étant d’abord d’éviter les solutions toutes faites, le piège des stéréotypes alors que la singularité de l’espace nous impose une créativité permanente. Toute décision à propos de Jemaa El Fna, sur un espace aussi emblématique et protégé par des réglementations à l’échelle nationale et internationale, doit être mûrement réfléchie et concertée, ce qui n’est, à l’évidence, pas le cas du pavage actuel de la place.
* Concernant le patrimoine oral proprement dit, il faut veiller à la préservation de la dignité des acteurs de la place Jemaa El Fna. Or celle-ci est incompatible avec l’état de dénuement dans lequel ils vivent aujourd’hui. Il faut envisager, d’urgence, de leur conférer les droits sociaux qui leur sont dus, car ils sont l’âme de cette place proclamée patrimoine oral de l’humanité et ne peuvent continuer à vivre dans cette déchéance. Leur statut pose du même coup le problème de la transmission et par là même du devenir de ce patrimoine, pour une jeunesse qui a de plus en plus tendance à méconnaître ce patrimoine, voire à le mépriser. Une sensibilisation des jeunes à ce pan essentiel de leur imaginaire est essentielle. Ce travail passe aussi par un dialogue continu avec les instances du Ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, en vue de multiplier les rencontres entre les élèves, les étudiants et les acteurs de la place Jemaa El Fna.
Il faut, dans le même sens, développer la recherche historique encore embryonnaire sur la place Jemaa El Fna, œuvrer à la collecte, l’archivage, la numérisation de ce patrimoine oral, sous toutes ses formes et mettre cette documentation à la portée de tous.
En faisant renaître l’espace des bouquinistes qui faisait partie intégrante de la vie culturelle de la place, on contribuera certainement à redynamiser cette fonction essentielle qui a aujourd’hui disparu.
En inscrivant la place Jemaa El Fna au cœur des grands évènements culturels comme le Festival des arts populaires de Marrakech ou en développant, sous les auspices de l’Université, un festival de l’oralité, on contribuera au rayonnement et à la promotion d’un patrimoine qui, loin de tomber en désuétude, constitue une composante essentielle de notre être.
Dans ce sens, il serait utile de prévoir une manifestation annuelle consacrée au patrimoine oral au sens large et à Jemaa El Fna en particulier.
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