"...Je la vis d'en haut, je le découvris alors que les nuages s'effilochaient au-dessus d'elle et que l'atterrissage venait de s'amorcer...
Dans la lumière éclaboussante de ce milieu d'après-midi, l'avion se posa en douceur et la vague inquiétude que j'avais ressentie quelques heures auparavant, s'était estompée pour céder la place à une sorte d'allégresse !
La ville rouge, celle dont tout le monde parlait, était là , à portée de main, à portée de regard...
Avec ses palmiers, ses orangers qui annonçaient un autre univers fait de couleurs et de senteurs multiples, de magie et de folie !
Elle allait me faire tourner la tête, elle allait m'entraîner dans les dédales de ses venelles et de ses souks, elle allait changer, en une fraction de seconde, ma vision des choses, elle allait me faire rêver d'un monde meilleur où il n'y aurait plus de différence entre les êtres...
Mêlée aux conteurs et aux charmeurs de serpents, mon imagination s'était mise à vagabonder au gré des histoires, au gré des rires, au gré des accents multiples de ce peuple exubérant !
Et dans la chaleur suffocante de l'été, dans le bruit et dans la foule, je m'étais sentie comme enveloppée, comme accueillie, comme sous le charme...
Berbère dans une vie antérieure, sultane ou paysanne ? ou nomade du désert dans le sillage des Hommes bleus ?
Moi, l'européenne, j'allais déposer les armes aux portes de cet univers que j'avais quelque temps oublié pour mieux revenir, du moins je le croyais, en cet instant précis, où je foulais à nouveau le sol d'Afrique !
Inondée de rouge et de soleil, cette terre l'était, rouge d'en haut, spectacle éblouissant s'il en est, avec ses maisons de la même couleur que la terre, se confondant avec elle !
"Choukrane" dis-je en moi-même, dans un murmure, dans un mouvement imperceptible de mes lèvres ...
Et tournoyant sur moi-même, comme pour me sentir exister, avec une sorte de désinvolture qui ne m'était pas coutumière, je lançai un regard vers la Koutoubia qui semblait relier le ciel à la terre et remerciai Dieu d'être là à nouveau, dans une intense prière dont j'avais le secret..."
"...il m'avait fallu me mettre au diapason, mettre en place une stratégie pour me fondre dans la masse ; j'avais écouté, parlé pour mieux comprendre, pour mieux communiquer et là , tout ou presque m'avait paru facile !
Dans ce pays où l'appel à la prière, plusieurs fois par jour, avait quelque chose de rassurant et de rassérénant, dans l'odeur omniprésente des orangers en fleurs, de la menthe et des épices, j'allais reprendre la route des souks, me promener, marcher dans les rues comme si je n'étais jamais partie, comme si j'avais toujours vécu là !
Avec la même aisance, avec la même simplicité, avec la même intime conviction que j'étais faite pour revenir...parce que j'avais peut-être vécu ici, déjà , auparavant...dans une vie antérieure...
"Que Dieu fasse que vous nous reveniez..."
"Vous êtes la bienvenue !..."
J'avais enfin fait le pas et maintenant, action, une journée chargée m'attendait dès le lendemain matin..."