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Amal Galla - eMarrakech - publié le Mardi 9 Mai à 11:54

Tabib Al Hacharat

Figures emblématiques de Jemaa El Fna



"Le docteur des insectes" ainsi l’appelait-on … mais la médecine ne s’en trouve pas moins flattée !!
Des phrases spontanément délicieuses, avec ce brin d’ironie qui ne laisse personne indifférent.



Tabib Al Hacharat
Tabib Al Hacharat était une figure de proue dans la place Jemaa El Fna à Marrakech.. Il commentait les événements politiques internationaux moyennant blagues et jeux de mots ; mais ses mots étaient tellement pesants qu’écrivains, étudiants et professeurs jouissaient des moments passés dans sa Halqa. Sa célébrité dépassait les frontières de la place magique, voire de la cité magique…

Son surnom de "Docteur des insectes" provenaient des célèbres recettes qu’il conseillait à tout "souffrant". En voilà un exemple cité par l’écrivain espagnol Juan Goytisolo dans son célèbre article "Jemaa-el-Fna, patrimoine oral de l’humanité", paru dans Le Monde Diplomatique.

« Et le charbon ?
— Il sert pour les yeux, pour le robinet de l’agate de l’iris de l’œil, du coup de phare de l’œil. Tu poses le charbon sur l’œil malade, tu laisses lever jusqu’à l’éclatement de l’œil, tu prends un clou 700, et tu l’enfonces bien dans l’œil, et tu touilles bien jusqu’à ce que tu arrives à sortir ton œil, et quand tu l’auras dans la main, tu pourras voir sur une distance de trente-sept années-lumière ! Si tu as des puces à l’estomac, des souris dans le foie, une tortue dans le cerveau, des cafards dans les genoux, une sandale, un morceau de zinc, un concasseur, j’ai trouvé une chaussette chez une femme de Dawdiyat. Demandez-moi : où tu l’as trouvée ?
— Où tu l’as trouvée ?
— Je l’ai trouvée dans le cerveau d’un professeur ! »

Ses oripeaux et ses cheveux hirsutes ne dérangeaient en rien les habitués de la Halqa qui ne pouvaient qu’admirer sa narration singulière.
Tabib Al Hacharat réussissait, certes, à distraire, mais menait une vie de vagabond, errant dans les rues avec sa bouteille de vin, et passant ses nuits tantôt dans les cimetières tantôt dans les postes de police, parfois même en "Hollande" comme il aimait si bien surnommer le centre pénitencier de la ville où il séjournait des fois.

Toutefois, une bouteille de vin était bien capable de lui offrir ce que personne ne faisait, le bonheur du voyage avec son imagination, aussi fertile que salvatrice, dans les lieux, là où il semblait trouver repos et bien être dans un monde qu’il se contentait de commenter à sa manière sans oser y faire partie...

Néanmoins, pour la place Jemaa El Fna, Tabi Al Hacharat fait bien partie de sa grande mémoire, une mémoire humaine, une mémoire que les nouvelles lumières ne pourraient éteindre..

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