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Tarik ESSAADI à Tel Quel : “Je suis modérateur, pas militant”


Entretien avec Tarik ESSADI, fondateur webmaster du portail « Emarrakech.info ».



Tarik ESSAADI
Tarik ESSAADI
On fait fortune sur le Net marocain ?

Bien au contraire. J'ai dû travailler pour financer ma passion. Au Maroc, les success stories à la manière des créateurs de Google sont impossibles. Il faut plus de cinq ans pour qu'un site devienne rentable. Grâce aux rentrées publicitaires du portail emarrakech.info, j'ai des revenus équivalents à ceux d'un citoyen de la classe moyenne marocaine. J'ai réussi à m'acheter un appartement et consolider mon entreprise, mais je n'ai pas les moyens de faire des folies.

Vous ne vous êtes même pas acheté une X-Box 360 ?

Je ne suis pas à la recherche du gadget dernier cri, même si je me suis laissé tenter une fois par un Palm. Connecté plus de 12 heures par jour pour le travail, j'ai vite eu l'impression d'être encore au boulot, même quand je me détendais dans un café avec des amis. Au bout de deux mois, j'ai abandonné mon Palm. En fait, je n'ai pas le snobisme du type qui maîtrise la dernière technique en vogue. C'est l'échange qui m'intéresse. Je peux d'ailleurs même me passer de naviguer sur le Net. Par contre, je prendrais très mal le fait de ne pas pouvoir exprimer ma "mailomanie". Je reçois 600 mails par jour et j'en envoie une centaine.

Et votre femme, vous l'avez aussi rencontrée sur Internet ?

Non, plutôt dans un cybercafé à Marrakech. C'était le premier qui ouvrait au Maroc. En 1996, le prix de l'heure de connexion était très élevé : 60 dirhams. Comme nous nous y croisions souvent, mon ex-future femme et moi avions décidé de partager la facture. Nous avions aussi mis au point un système pour nous faire payer des heures gratuites par les autres clients. On les initiait à Internet : une heure de cours nous donnait droit à une demi-heure de connexion gratuite. On a dû transmettre le virus Internet à notre fille. À 4 ans, elle reconnaît déjà le logo de Google.

Sur votre portail emarrakech.info, on débat souvent d'homosexualité. C'est votre petite touche marrakchie ?

Pas du tout. Le sujet a été lancé par les usagers eux-mêmes. Nous avons eu d'ailleurs des commentaires d'internautes du monde entier. Il faut dire que le site est bien référencé : Marrakech est un mot très recherché sur Google.

Surtout si on l'associe au mot sexe…

Il est vrai que sur emarrakech.info, les internautes débattent beaucoup des excès dans la ville. Le bouleversement des mœurs s'est fait si vite à Marrakech que je ne pense pas avoir le recul nécessaire pour le juger correctement. D'un côté, il y a la peur d'être trop critique et de passer pour un islamiste. De l'autre, il y a l'impossibilité d'ignorer les changements sociétaux en cours. Ce constat fait, j'ai préféré favoriser les commentaires des internautes plutôt que mes opinions personnelles.

Suite au succès du débat sur l'homosexualité, vous avez été tout de même proclamé icône gay par un journal espagnol.

Il y a eu erreur. Je donne la parole à toutes les opinions, mais cela ne signifie pas que je les revendique. Je suis modérateur, pas militant.

Vous avez pourtant déclaré que les blogs seraient un moyen de débloquer la situation sociale au Maroc. Les Marocains qui affichent les photos de leurs copines sur leur blog, ils débloquent quoi au juste ?

Rien. Les blogs n'ont pas pris au Maroc car les gens ont du mal à exprimer leur individualité. Le souffle leur manque. On lance un blog, on commence par "je m'appelle Ahmed et j'aimerais dire que" et on abandonne son blog aussi vite qu'on l'a créé. Les jeunes au Maroc ont en fait un simple outil qu'ils utilisent de manière mécanique. D'ailleurs, partout dans le monde, les blogs sont en recul sur Internet. Ils n'ont pas été l'outil idéal et final de la communication comme on l'avait cru.

Propos recueillis par Hassan Hamdani
Samedi 21 Avril 2007




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