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Trouver des voix modérées dans le monde arabe

par Cynthia P. Schneider et Nadia Oweidat le 26 Novembre 2009



Trouver des voix modérées dans le monde arabe
Washington – « Où sont les voix modérées du monde arabe? »

Cette sempiternelle question conduit souvent à rappeler avec nostalgie l'âge d'or de l'islam. Le président américain Barack Obama a évoqué l'ère des lumières, de l'innovation et de la tolérance islamique dans le discours qu'il a prononcé au Caire en juin 2009 et dans lequel il a tenté de redéfinir les relations entre les Musulmans et les Etats-Unis.

En réalité, nul besoin de remonter mille ans en arrière pour trouver des musulmans en faveur de la tolérance et de la modernisation. Parmi les nombreux exemples de ces défenseurs à travers le monde, il y a le royaume de la littérature arabe.

Le monde arabe est riche en littérature et inondé de nouveaux romans et d'oeuvres non romanesques qui étudient tous les aspects de la vie arabe et défendent la vision d'une société multiculturelle respectueuse des droits de l'homme. Ces oeuvres s'inspirent des traditions de l'âge d'or médiéval et de la Renaissance arabe du XIXème siècle et des premières années du XXème siècle.

Il y a 80 ans, le spécialiste de renom, Rifa'i Al-Tahtawi, qui fut chef de la Mosquée-Université Al-Azhar (où s'est rendu Obama au Caire) a prêché la tolérance envers les non-musulmans et s'est engagé dans de vibrantes discussions avec des intellectuels européens de son époque. Dans son livre écrit en 1830 Un imam à Paris, il argumente en faveur d'une version modérée et libre de l'islam. De telles idées ne se limitaient pas à l'Egypte. Au tournant du XXème siècle, Abdul Rahman Al-Kawakibi, un Syrien érudit et pieux, conseillait vivement, dans ses écrits, la séparation de la mosquée et de l'Etat afin de protéger la pureté de l'islam contre toute manipulation politique.

Les auteurs arabes musulmans d'aujourd'hui explorent tout aussi courageusement des sujets tabous allant de la bonne interprétation de l'islam aux droits accordés aux minorités et aux femmes, à la corruption du gouvernement, l'extrémisme et l'oppression politique. Certains plaident en faveur d'une version plus tolérante de l'islam, une version devenue de plus en plus marginalisée.

Pourquoi certaines de ces voix modérées ne sont-elles pas mieux connues au Moyen-Orient ou en Occident? Tout d'abord, elles sont interdites dans certaines régions du monde arabe.

Le célèbre cas de l'érudit islamique égyptien, Nasr Abu Zayd, montre combien les gouvernements sont de connivence avec les fondamentalistes qui intimident les progressistes ou à quel point ils ferment les yeux sur cet état de fait. Les conservateurs ont étiqueté Abu Zayd d'hérétique pour avoir donner une interprétation modérée du Coran et ils l'ont, pour cette raison, poursuivi en justice au Caire. Au grand dam des Arabes qui sont en faveur de la séparation de l'église et de l'Etat, le tribunal l'a reconnu coupable d'hérésie.

En 2006, la police égyptienne s'est rendue de librairie en librairie pour confisquer les exemplaires du livre intitulé Les cheiks modernes et l'industrie de l'extrémisme religieux qui incite les autorités religieuses et gouvernementales à jouer un rôle plus positif dans des domaines comme l'environnement, la corruption et les droits de la femme. La police agissait sur ordre de l'Islamic Research Center qui, en vertu de la loi égyptienne, est habilité à censurer les ouvrages et autres produits culturels.

Cependant, le succès de livres tels que L'immeuble Yacoubian de l'auteur égyptien Alaa Al Aswany, sur le point d'être réimprimé pour la huitième fois, témoigne de la demande croissante d'ouvrages authentiquement arabes et non doctrinaires. Tout comme Naguib Mahfouz, le lauréat du prix Nobel, Al Aswany décrit avec sincérité les problèmes politiques et sociaux qui tourmentent l'Egypte par le biais d'histoires relatant la vie de personnes ordinaires.

Pourtant, sauf exceptions notables, aujourd'hui encore, les oeuvres de ces nouveaux auteurs arabes ou celles de leurs prédécesseurs du siècle dernier ne sont pas toujours présentes dans les librairies du Moyen-Orient.

Ce que l'on trouve en revanche, ce sont les pamphlets religieux, à la fois historiques et modernes.

En un clic de souris, n'importe qui peut avoir accès à tout le contenu des bibliothèques numériques spécialisées dans les textes politiques alors que les ouvrages interdits par les musulmans traditionnels qui pourraient intéresser des lecteurs arabes en ligne n'apparaissent nulle part. Cependant ce sont ces auteurs, contemporains et de la Renaissance, qui proposent des solutions empruntes de tolérance et d'ouverture d'esprit, enracinées dans leurs propres traditions. Et ils offrent à l'administration Obama la possibilité de créer un véritable lien avec le public arabe.

Au lieu de défendre les valeurs américaines, l'administration cherche à conférer du pouvoir aux voix locales. Cette politique, prenant forme au département d'Etat américain sous l'égide du sous-secrétaire d'Etat à la diplomatie publique et aux affaires publiques, Judith A. McHale, constitue un départ prometteur après la méthode de la « démocratie nourrie à la petite cuillère » qui a échoué et que l'Amiral Mike Mullen a, avec raison, récemment critiquée.

Si le gouvernement américain doit tirer un quelconque enseignement de l'échec de la chaîne de télévision al-Hurrah financée par les Etats-Unis, ce doit être que les administrations étrangères ne devraient pas fabriquer des messages de démocratie et de tolérance destinés à être diffusés dans le monde arabe. De tels élans devraient venir de l'intérieur. Ils devraient être spontanés, authentiques et vierges de toute empreinte gouvernementale.

L'administration Obama pourrait commencer par condamner la censure et la persécution des écrivains et encourager les investissements en faveur de l'éducation, de l'alphabétisation, des bibliothèques et d'un accès plus grand à Internet. Les groupes non-gouvernementaux pourraient soutenir la publication et la diffusion d'auteurs arabes musulmans traditionnels par l'intermédiaire des universités et autres institutions telles que la Bibliothèque d'Alexandrie qui envisage de rééditer les classiques arabes.

Les Occidentaux ne peuvent pas et ne doivent pas essayer de réécrire la pensée arabe. Néanmoins, ce que les Etats-Unis et ses alliés peuvent faire, c'est de contribuer à garantir une tribune, semblable à celle dont disposent les fondamentalistes, pour les voix des divers Arabes musulmans.

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*Cynthia P. Schneider est Professeur Distingué enseignant la Pratique de la diplomatie à l'Université de Georgetown et directeur de recherche externe à la Brookings Institution. Nadia Oweidat est chercheur à la RAND Corporation et candidate au doctorat de philosophie à l'Université d'Oxford. Cet article abrégé est distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation des auteurs. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur ac360.blogs.cnn.com.

Source: Anderson Cooper 360° blog, 13 octobre 2009
ac360.blogs.cnn.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=267...




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