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Tu es une femme libre, je t’interdis de porter la burqa
Rédigé par Leila Ghandi le Mardi 14 Décembre 2010 à 15:15 | 0 commentaire(s)
Le débat n’en finit pas de s’enliser et de piétiner. En France, et maintenant ailleurs en Europe, le port de la burqa pose décidément problème. Une polémique qui gronde et qui divise.
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On aura tout entendu. D’abord la chienne de garde : c’est une insulte à la dignité des femmes. Puis les autres. Le conservateur : la burqa n’a jamais fait partie des traditions françaises. Le républicain : le port de la burqa est en contradiction avec nos valeurs laïques. Le xénophobe : ici on est en France, que ceux qui veulent suivre la mode afghane aillent vivre en afghanistan. L’islamophobe : l’islam est une religion dangereuse, ne laissons pas ces musulmans imposer leur loi dans notre pays. Le technicien : interdire le port de la burqa dans les lieux publics risque de poser des problèmes de logistique. Le pragmatique : la burqa est un trouble à la sécurité publique, tout individu doit être identifiable. Le faux-cul: au nom de leur liberté interdisons-leur la burqa. Le soixante huitard: il est interdit d’interdire. L’indolent : n’en faisons pas toute une histoire, cela ne concerne qu’une poignée de femmes. Le policier : une contravention de 22 euros et on n’en parle plus.
Passé le spectacle de la joute oratoire, je me dis que tout cela bien troublant. Comment peut-on réellement, avec un seul et même argument, déboucher sur deux conclusions si antagonistes : au nom des droits de la femme _et avec le même degré de certitude_ les uns disent OUI et les autres disent NON à la burqa. Qui a raison ? Je suis perplexe.
Il me paraît en tout cas évident que l’argument qui consiste à dire que la burqa est une violation de la dignité et une atteinte à la liberté de la femme n’est pas intellectuellement honnête. D’abord parce que les femmes elles-mêmes _ les victimes présumées donc_ prétendent porter la burqa par choix personnel. Ensuite parce que la notion de dignité est largement subjective, et par ailleurs elle-même soumise à la controverse. C’est un choc des cultures.
De la même manière qu’il serait impensable pour une femme burqa de cautionner le top less, il est impensable pour une femme top less de cautionner la burqa. Ce sont deux visions différentes du monde. Chacun défend son droit chemin, que ce soit le libéralisme tout azimut, ou le conservatisme tout azimut. Nous sommes dans deux extrêmes. Serait-il juste d’en interdire seulement un des deux ? Peut-être au nom d’une décision d’Etat, mais sûrement pas au nom du respect de la femme. Cette manœuvre rhétorique est démagogique. Personne n’est dupe. Il me parait compliqué de dire : « c’est parce que je te respecte que je t’interdis de porter la burqa». De quoi s’agit-il ? D’arrogance ?... « Tu ne comprends pas maintenant mais tu comprendras plus tard que c’est mieux pour toi ». De démagogie ?... « C’est le meilleur argument que je puisse utiliser parce qu’évidemment personne ne peut être contre le droit des femmes ».
Le problème, me semble-t-il, est que nous avons du mal à appeler un chat un chat. La réalité est que la burqa dérange et inquiète. C’est un symbole anxiogène qui nous renvoie aux pratiques obscures d’une religion qu’on ne comprend pas vraiment. Une religion mal représentée, mal interprétée, méconnue et loin de nous. La burqa fait peur. Et puis c’est moche. Mais ça c’est pas politiquement correct. Au pays de la démocratie il ne fait pas bon tenir ce genre de propos. Alors on se cache derrière des beaux concepts bien pensants et bien vendeurs. Je comprends qu’on ne veuille pas que la burqa investisse les rues de nos villes. Je comprends que la burqa dérange. D’ailleurs elle me dérange moi aussi. Parce qu’au bout du compte, j’y vois là un indicateur de mauvaise augure : un malaise social qui pousse au repli sur soi, à l’isolement communautaire, à l’identitarisme exacerbé, à la déviance religieuse. Alors je me pose la question : pourquoi ? Et surtout, comment y remédier ?
En ce sens je trouve assez honnête la conclusion que pose naturellement Jean-François Copé en plein talk show: « La question est : que voulons-nous pour la France ? ». Mais c’est vrai, ça, pour le savoir, encore aurait-il fallu que le débat sur l’identité nationale ait abouti quelque part.
Passé le spectacle de la joute oratoire, je me dis que tout cela bien troublant. Comment peut-on réellement, avec un seul et même argument, déboucher sur deux conclusions si antagonistes : au nom des droits de la femme _et avec le même degré de certitude_ les uns disent OUI et les autres disent NON à la burqa. Qui a raison ? Je suis perplexe.
Il me paraît en tout cas évident que l’argument qui consiste à dire que la burqa est une violation de la dignité et une atteinte à la liberté de la femme n’est pas intellectuellement honnête. D’abord parce que les femmes elles-mêmes _ les victimes présumées donc_ prétendent porter la burqa par choix personnel. Ensuite parce que la notion de dignité est largement subjective, et par ailleurs elle-même soumise à la controverse. C’est un choc des cultures.
De la même manière qu’il serait impensable pour une femme burqa de cautionner le top less, il est impensable pour une femme top less de cautionner la burqa. Ce sont deux visions différentes du monde. Chacun défend son droit chemin, que ce soit le libéralisme tout azimut, ou le conservatisme tout azimut. Nous sommes dans deux extrêmes. Serait-il juste d’en interdire seulement un des deux ? Peut-être au nom d’une décision d’Etat, mais sûrement pas au nom du respect de la femme. Cette manœuvre rhétorique est démagogique. Personne n’est dupe. Il me parait compliqué de dire : « c’est parce que je te respecte que je t’interdis de porter la burqa». De quoi s’agit-il ? D’arrogance ?... « Tu ne comprends pas maintenant mais tu comprendras plus tard que c’est mieux pour toi ». De démagogie ?... « C’est le meilleur argument que je puisse utiliser parce qu’évidemment personne ne peut être contre le droit des femmes ».
Le problème, me semble-t-il, est que nous avons du mal à appeler un chat un chat. La réalité est que la burqa dérange et inquiète. C’est un symbole anxiogène qui nous renvoie aux pratiques obscures d’une religion qu’on ne comprend pas vraiment. Une religion mal représentée, mal interprétée, méconnue et loin de nous. La burqa fait peur. Et puis c’est moche. Mais ça c’est pas politiquement correct. Au pays de la démocratie il ne fait pas bon tenir ce genre de propos. Alors on se cache derrière des beaux concepts bien pensants et bien vendeurs. Je comprends qu’on ne veuille pas que la burqa investisse les rues de nos villes. Je comprends que la burqa dérange. D’ailleurs elle me dérange moi aussi. Parce qu’au bout du compte, j’y vois là un indicateur de mauvaise augure : un malaise social qui pousse au repli sur soi, à l’isolement communautaire, à l’identitarisme exacerbé, à la déviance religieuse. Alors je me pose la question : pourquoi ? Et surtout, comment y remédier ?
En ce sens je trouve assez honnête la conclusion que pose naturellement Jean-François Copé en plein talk show: « La question est : que voulons-nous pour la France ? ». Mais c’est vrai, ça, pour le savoir, encore aurait-il fallu que le débat sur l’identité nationale ait abouti quelque part.
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