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Tunisie : des journalistes en grève de la faim pour leur liberté d'expression


Paris : La FIDH s'inquiète des moyens extrêmes auxquels des journalistes tunisiens ont recours afin de faire entendre leurs revendications. Samedi 26 avril 2008, Rachid Khechana, rédacteur en chef du journal Al-Mawqif, journal du Parti démocratique progressiste et Monji Ellouze, directeur de rédaction, ont en effet entamé une grève de la faim en signe de protestation contre les dernières mesures prises récemment à l'encontre de cet hebdomadaire et de ses responsables.



Depuis la mi-mars 2008, cinq éditions du journal ont été l'objet de « saisies déguisées ». En effet, alors que la diffusion de l'hebdomadaire est contractuellement confiée à une société privée, celle-ci selon les responsables du journal a réduit suite à des pressions, sa diffusion à quelques kiosques et aux représentations diplomatiques étrangères.

Afin de protester contre ces pratiques, le 17 avril plusieurs journalistes et militants du PDP sont descendus sur la principale artère de Tunis, pour y vendre la dernière édition du journal, sous le regard de policiers en civil, plusieurs d'entre eux ayant bousculé une militante du parti. Ce blocage de la diffusion de l'hebdomadaire serait lié selon la direction d'Al-Mawqif à la publication d'articles ayant trait à des problèmes de société, et notamment les manifestations dans le bassin minier de Gafsa et la hausse des prix des produits de première nécessité.

M. Khechana ainsi que Nejib Chebbi, directeur de publication d'Al-Mawqif sont par ailleurs poursuivis pour diffamation par cinq sociétés de commercialisation d'huile, et ce après avoir publié un article sur la distribution d'huile frelatée en Tunisie. Ils ont dans cet article interpellé les autorités tunisiennes afin qu'elles procèdent à une analyse des huiles sur le marché tunisien, sans toutefois mentionner aucune société en charge de la commercialisaiton des huiles.

Messieurs Khechana et Chebbi seront entendus devant le tribunal de première instance de Tunis, le 10 mai prochain et risquent de se voir infligés une amende de près de 500000 dinars tunisiens à titre de dommages et intérêts plus une amende qui devrait se baser sur une estimation des pertes pour les sociétés plaignantes, occasionnées par l'article en question.

Al-Mawqif est l'un de seuls journaux d'opposition qui, aujourd'hui en Tunisie ne bénéficie pas de subvention et vit de ses ventes, les entraves graves qui sont faites à sa diffusion tendent à le détruire.

La FIDH s'inquiète vivement des entraves récurrentes à la liberté d'expression et la liberté de la presse en Tunisie. Elle appelle les autorités tunisiennes à respecter ses engagements internationaux en matière de protection des droits humains et des libertés fondamentales. Elle appelle en outre, le président français Nicolas Sarkozy à aborder la question des droits humains et notamment la liberté de la presse, avec son homologue tunisien.

Communiqué - FIDH
Mardi 29 Avril 2008


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