Mr MIRI est français d'origine marocaine, Mme est marocaine et est titulaire d’une carte de séjour d’un an (échéance mars 2009). Leur fille de 13 mois est française. Mr et Mme MIRI sont mariés et habitent ensemble aux Mureaux. Mme Miri prend des cours de français avec moi dans le cadre du Contrat d’accueil et d’intégration.
Le 15 juillet Mr et Mme MIRI et leur fille sont partis ensemble en voiture en vacances au Maroc. Le 20 juillet, sans que rien ne l'ai laissé prévoir, Mr MIRI a dérobé les passeports de sa femme et de sa fille et est rentré en France. Quelques jours plus tard, Il a téléphoné à sa femme lui interdisant de revenir. Aussitôt en France, il a signalé à la préfecture un abandon du domicile conjugal et demandé qu’on retire ses papiers à son épouse.
Au Maroc, celle-ci a porté plainte pour vol de papiers et s’est fait refaire un passeport. Dans sa méconnaissance du droit, elle ignorait que la carte d'identité française de sa fille et le livret de famille suffisaient pour qu'elle puisse rentrer en France en la faisant figurer sur son propre passeport. Elle l’a donc laissée la mort dans l’âme chez sa sœur que la petite connaissait à peine. Elle pensait qu’en France elle obtiendrait un nouveau passeport pour sa fille ce qui n'est bien sûr pas possible sans la présence de l'enfant et qu’elle reviendrait très vite la chercher.
Arrivée en France, elle n’a pu rentrer à son domicile, la serrure ayant été changée. Elle ne parle pas français et j'étais sa seule interlocutrice sur place. Véritablement jetée à la rue, elle a dû être prise en charge par les services sociaux et une association pour un toit et de la nourriture. Elle a déposé une main courante et après accord de la police a pu finalement rentrer chez elle avec l’aide d’un serrurier. Devant moi et plusieurs témoins dont l’Imam de son quartier, Mr MIRI a déclaré que tout allait s'arranger et qu'il allait aller chercher sa fille dès que son travail le lui permettrait. Elle a donc attendu voulant le croire.
Mme MIRI a très mal vécu cette période (ne se nourrissant plus, ne dormant plus, victimes de malaises etc…), son mari lui refusant de téléphoner à son enfant, ne lui donnant pas d'argent et la harcelant sur le fait qu'il ferait tout pour qu’elle n’obtienne pas ses papiers. Lui même n'a jamais pris de nouvelles de la petite Aïcha. Celle-ci était de son côté très perturbée, pleurant constamment avec de gros troubles du sommeil et de l'alimentation. Le père ne s'est jamais préoccupé pendant deux mois de son entretien matériel. Ne pouvant communiquer oralement avec son mari, elle lui a envoyé une lettre RAR (copie ci-jointe) demandant le retour de sa fille devant ce qui s’avérait être un véritable abandon d’enfant.
La préfecture française elle-même a contacté le consulat de France à Fès qui a confirmé que la carte d'identité et le livret de famille suffisaient pour que l'enfant rentre en France mais qu'il fallait voir avec les autorités marocaines pour faire inscrire son bébé sur le passeport de sa mère afin qu'il puisse quitter le Maroc. Voyant le temps passer et sa fille très malheureuse et malade, elle a donc décidé d'aller la chercher après l’avoir signalé à la police.
Malheureusement, son mari l’avait précédé de deux jours et avait tenté d’enlever sa fille avec l’aide de sa famille, agressant la sœur de Mme M qui, enceinte, a perdu son bébé. Plus tard, c’est le beau-frère de Mme M qui a été agressé. Mais Mme M a finalement récupéré sa fille et se cacher avec elle. Des plaintes ont été déposées au Maroc .
Lorsqu’elle a voulu régulariser la situation de sa fille pour rentrer au plus vite à leur domicile aux Mureaux, le père s’est officiellement opposé à la sortie de sa fille du Maroc et elles se sont vues refoulées à l’aéroport.
Depuis la situation est bloquée et semble sans issue.
Mr M a tenté de vendre la maison d’Oujda qu’ils ont acheté et payés chacun pour moitié, (mais malheureusement avant leur mariage) et qu’il a fait mettre à son seul nom. Mais devant une affaire qui se compliquait les acheteurs ont fini par se récuser. Lassée de se cacher et de vivre chez les uns et les autres, Mme Miri est donc rentrée par force dans ce qu’elle considère être sa maison. Ausssitôt, Mr M en a fait couper l’eau et l’électricité.
Mme M a porté plainte auprès du Wali d’Oujda qui ne sait que répéter qu’il faut l’autorisation du père pour que la petite quitte le Maroc. Elle a demandé le divorce mais Mr M fait la sourde oreille.
Actuellement, Mme M et sa fille, malades toutes les deux vivent à Oujda dans un dénuement complet : sans argent, sans eau, sans électricité. Mr M a également dérobé le carnet de santé de sa fille qui n’a donc pas pu être vaccinée. Cette petite fille, traumatisée par les séparations, les fuites successives, les violences vécues, a maigri, perdu l’appétit et le sommeil et attrape tous les virus qui trainent. Mme M est dépressive et de plus en plus sans énergie. Sa famille l’aide, bien sûr, mais dans la mesure de ses moyens et elle n’en peut plus de vivre de la charité des uns et des autres.
Mr M, bien que « recherché » par la police, a pu quitter le Maroc sans encombre et rentrer en France. Et tout est conditionné à l’interdiction de ce père défaillant, qui dit ne pas vouloir divorcer et se sert de sa fille pour se débarrasser de son épouse en évitant de faire face à ces obligations. Non contribution aux charges du mariage, tentative d’enlèvement et de répudiation, rétention abusive de sa fille au Maroc, tout reste impuni pour le moment.
Préfecture, Consulats marocains et français, wali d’Oujda, Conseil national des Marocains de France, Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, Mairie et Imam des Mureaux, Article dans « Le Courrier de Mantes », comité de soutien, associations de droit des femmes etc… Rien n’a permis jusque là de trouver une solution pour débloquer une situation à la fois tristement banale mais fondamentalement gravissime. Dans mon métier de formatrice, je sais comme ces histoires sont fréquentes. Ces femmes sont terriblement vulnérables et on n’en parle guère.
Je précise que Mme M pourrait rentrer en France, à son domicile, mais elle ne peut se résigner à laisser à nouveau sa fille au Maroc par peur d’un enlèvement et d’un nouveau traumatisme causé par une séparation.
Merci de l’aide que vous pourriez éventuellement apporter à Mme M et sa petite Aïcha.