Le Maroc est une monarchie constitutionnelle qui a institué l’islam comme religion d’État. De fait, 99,9 % des Marocains sont musulmans même si on ne note aucun problème de cohabitation avec les autres religions ultras minoritaires. Au Maroc, comme partout en terre d’islam, c’est la loi islamique qui régit l’enterrement des morts. Comment se passent donc véritablement les rites funéraires dans le royaume chérifien ?

Que préconise l’Islam en matière de rites funéraires ?

Les proches d’une personne en passe de rendre l’âme doivent la soutenir. Elle doit réaffirmer sa foi musulmane en récitant une prière, comme dernières paroles, avant de quitter cette terre. Ses proches peuvent lui murmurer la prière dans le cas où elle ne serait pas en mesure de la prononcer. Une fois la mort constatée, les proches doivent faire une nouvelle prière, puis fermer les yeux du défunt et le recouvrir. Par la suite, l’Islam impose en tout et pour tout quatre rites funéraires que sont :

  • le lavage du mort avec de l’eau ;
  • la mise du corps dans un linceul propre ;
  • la prière pour le disparu ; et,
  • la mise en terre de la dépouille. Cet enterrement doit se faire sous une tombe et dans un cimetière musulman.

À retenir que l’islam interdit d’incinérer un mort.

Comment se déroule la cérémonie funéraire au Maroc ?

Le défunt est mis en terre normalement au plus tard 24 heures après son décès s’il n’y a aucun obstacle matériel. Mais auparavant :

  • on lave le corps avec soin, en utilisant de l’eau savonneuse et camphrée ;
  • le corps nu est par la suite enveloppé. L’enveloppe appelée kfen est un linceul de coton blanc. Le kfen symbolise le retour à la pureté ;
  • puis, la prière du mort est tenue. Elle peut se faire à deux endroits : la mosquée ou le cimetière. À noter qu’il est interdit aux femmes de suivre le défunt. On pose au sol le linceul. Et on procède alors à la prière. Cette prière est assez proche en contenu, des cinq prières musulmanes qui doivent en principe se faire chaque jour ;
  • une fois la prière achevée, l’enterrement se fait, avec le mort placé sur son flanc droit à même le sol, les yeux tournés vers la Mecque, ceci signifiant qu’il est en attente du jugement divin et l’index tendu pour témoigner de l’unicité de Dieu ;
  • on recouvre de lattes de pierre, la fosse creusée dans le sol. Ces lattes sont cimentées en se servant de sable qu’on complète avec de la chaux ;
  • on recouvre de terre, l’ensemble ;
  • une fois le processus achevé, on peut couvrir la tombe avec une dalle tombale, de la pierre ou encore du marbre ;
  • sur cette dalle tombale, cette pierre ou ce marbre, on grave le nom du défunt ainsi que sa date de naissance et sa date de décès ;
  • on peut enfin ériger un petit monument sur l’emplacement afin de le marquer ;
  • comme au Maroc, les tombes ne sont pas destinées à contenir des cercueils, elles sont beaucoup moins grandes qu’en Occident. À une seule exception : en cas de suicide, on ne peut dévoiler le mort. On l’inhume donc dans un cercueil que les autorités auront préalablement scellé ;
  • par ailleurs, du fait du caractère très sobre des rites funéraires, on observe qu’au Maroc, les entreprises de pompes funèbres ne sont pas nombreuses. En effet, dans le royaume et suivant les lois islamiques la crémation du corps d’un mort est frappée d’interdiction, l’interdiction est élargie à tout autre procédé perçu comme allant à l’encontre de la volonté de Dieu. Ainsi, il n’est pas admis de pleurer au moment des rites funéraires. Il est également interdit de se rebeller.

Comment se fait la toilette purificatrice ?

Puisque le corps du défunt est considéré comme impur, il importe donc de le purifier par des soins bien codifiés :

  • la toilette purificatrice doit se faire par quatre personnes de la famille du disparu. Ces personnes doivent être toutes soit des hommes lorsque le défunt est de sexe masculin, soit des femmes, lorsque la personne morte est de sexe féminin. Il y a cependant une exception : le conjoint de la défunte est autorisé à participer à la toilette du corps de cette dernière ;
  • la toilette purificatrice peut également être réalisée par une personne pieuse, en cas d’absence des quatre personnes requises ;
  • il faut que le corps du défunt soit lavé à trois reprises. Puis, il est parfumé ;
  • on s’assure que sa bouche soit fermée et on la maintient au moyen d’un bandage ;
  • on attache ensemble les jambes du défunt ;
  • on enroule alors le corps dans un linceul blanc qui doit être formé à partir de trois étoffes non cousues ;
  • on dispose les membres le long du corps ou bien on les croise sur la poitrine du mort ;
  • et enfin, on oriente le corps vers la Mecque.

Comment s’organisent le cortège mortuaire et la mise en terre ?

En général, le corps est transporté du domicile du défunt au cimetière sous une civière soulevée par quatre hommes. Sur la civière, un drap recouvre le mort. Le défunt est sorti de la maison, la tête la première. De la maison au cimetière, ceux qui accompagnent les quatre hommes tenant la civière récitent la Shahada de façon continue : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Muhammad est son prophète ». Tous les hommes croisant le cortège en chemin doivent alors s’y joindre et le suivre jusqu’au cimetière. Une fois arrivée au cimetière, la civière est posée à côté de la tombe :

  • un dernier hommage est rendu au défunt en faisant défiler devant le cortège funèbre, les personnes ;
  • les différentes prières de circonstance sont exécutées par un iman ;
  • au moment de l’inhumation, le corps du disparu est penché légèrement à droite avec son visage tourné vers la Mecque ;
  • on jette symboliquement dans la tombe, trois poignées de sable ;

Ni les femmes ni les enfants ne doivent assister à l’enterrement.

Ils ne peuvent se rendre au cimetière que le jour suivant.

Comment se font les prières ?

L’iman est indispensable en tant qu’acteur majeur de la cérémonie religieuse :

  • c’est lui qui prononce, à haute voix, la prière des morts ;
  • cette prière renferme des glorifications d’Allah ;
  • la prière des morts est par ailleurs très courte. De plus, elle diffère des autres par la façon. Car elle se récite sans qu’on ne se prosterne et sans qu’on ne fléchisse les genoux. Tout le monde reste donc debout au moment de la narration de la prière des morts ;
  • la prière des morts est constituée, par ailleurs de quatre tekbir. Ceux-ci représentent la parole d’Allah ;
  • la Fatiha qui est la première sourate du Coran doit suivre la prononciation du premier tekbir ;
  • puis, les personnes présentes doivent prononcer la prière sur le Prophète, après le deuxième tekbir ;
  • la dernière prière est celle du repos de l’âme du disparu. Elle se fait après le troisième tekbir.

Quels sont les rites qui suivent l’inhumation du défunt ?

Au troisième jour, l’usage recommande l’organisation d’une soirée commémorative. De cette façon, les connaissances du défunt vivant loin et n’ayant pas pu se déplacer à temps pour l’enterrement peuvent venir présenter leurs condoléances à la famille éplorée. La durée du deuil au Maroc est fixée à quarante jours. Et, ce deuil ne doit gêner en rien les occupations tant professionnelles que courantes des personnes concernées. Au cours des quarante jours de deuil, l’épouse du défunt doit porter uniquement du blanc. C’est la couleur du deuil et même les chaussures ne sont pas épargnées. Elles doivent donc être aussi de couleur blanche.

Une nouvelle saddaka (soirée commémorative) est organisée au quarantième jour. C’est alors l’occasion pour les proches comme les amis du disparu de se rassembler à son domicile. Ils procèdent à la récitation de versets coraniques et ils formulent des vœux à l’intention du défunt pour la bénédiction de son âme, le pardon de ses péchés et aussi pour que la sérénité et le bonheur regagnent sa famille. Le jour 40 met un terme à la période de deuil. Au jour de l’inhumation, tout comme au dernier jour de deuil, on offre aux personnes présentes un diner. De même, on fait une aumône au cimetière où a eu lieu l’enterrement.

Comment se perçoit le deuil au Maroc ?

Le deuil est une affaire collective au royaume chérifien. Ainsi, lorsqu’un membre de la communauté meurt, c’est celle-ci, dans son entièreté qui se sent concernée. On note alors le déploiement d’un ensemble de symboles de consolation. Ces derniers ont pour visée de se débarrasser du sentiment de crainte ou de froideur émanant de la mort. Les rites funéraires apparaissent, par leur côté sacré comme religieux, comme un élément d’apaisement et de sécurité.

Il faut garder à l’esprit que l’enseignement religieux encadre rigoureusement l’imaginaire collectif des Marocains face à la mort.

C’est la foi qui se dresse en soutien naturel du musulman qui ne doit jamais oublier la phrase : « c’est à Dieu que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournons ». On tolère davantage le décès d’un membre de la communauté lorsqu’on est en mesure de l’associer au cycle naturel de mort-vie. Cela veut simplement dire que la mort est rendue plus supportable par les naissances. Aussitôt que la personne meurt, la tradition demande à la famille d’informer :

  • la proche parenté ;
  • les amis ; mais également,
  • les individus de la communauté dont on ne doute pas de la vertu.

La famille ouvre alors le domicile du défunt aux visiteurs pour que ces derniers viennent témoigner de leur sympathie :

  • les femmes restent à la maison et accueillent les femmes visiteuses ;
  • quant aux hommes, il leur revient de recevoir les hommes. Mais cette réception se fait en général chez un voisin.

La dimension communautaire de la mort est définitivement ancrée dans la société marocaine. Ainsi, la famille éplorée voit se manifester une mobilisation collective autour d’elle. Il s’agit de la soutenir et de l’assister durant les premiers jours. De même, il est régulier de noter dans certaines localités que les voisins se chargent de la propreté de la maison du défunt. Ces mêmes voisins peuvent également se charger de préparer les repas  ainsi que de recevoir les visites afin de soulager autant que possible les proches.

Dès le départ du convoi mortuaire pour le lieu d’enterrement, les voisins n’hésitent pas à nettoyer comme il faut l’appartement du disparu. Et dans beaucoup de cas, ce sont encore eux qui font la cuisine dès le retour du cimetière. Le repas le plus courant est le couscous.

Comment s’organisent les visites et les repas durant le deuil ?

L’organisation des visites et des repas a déjà été effleurée dans le chapitre précédent. Mais allons plus en profondeur :

  • déjà, il faut retenir que le temps que durent les visites au domicile du défunt ne dépend pas du délai imposé pour l’organisation des funérailles mêmes ;
  • ainsi donc, les condoléances peuvent se faire pendant trois jours. Mais pas plus en principe ;
  • le visiteur s’exprime en employant généralement la formule de politesse consacrée : « Que Dieu augmente ta récompense, t’accorde l’endurance et pardonne à ton regretté » ;
  • la famille répond en utilisant une autre formule consacrée : « Amen, que Dieu te récompense et t’évite tout mal » ;
  • au Maroc en particulier comme dans le Maghreb en général, les repas préparés au retour de l’enterrement n’ont souvent rien à envier à ceux pour les fêtes. Cette réalité est d’ailleurs incomprise par les autres communautés musulmanes du monde. Elles la voient en effet comme ayant pour seul dessein de se faire remarquer ;
  • l’iman ayant officié lors des funérailles est systématiquement convié au repas qui s’en suit. Repas pris en mémoire du défunt. L’iman procède à la prière ;
  • le repas est entamé ensuite par le fils pour le père décédé ou par la fille pour la mère décédée ;
  • l’enfant ayant lancé le repas peut alors appeler de façon symbolique le défunt, provoquant un moment de forte émotion dans l’assemblée ;
  • en fait, le repas est destiné à entériner ceci : le remplacement au sein de la famille comme de la société, de la personne disparue, par son plus proche par le sang (le fils ou la fille donc). Suivre ce lien pour savoir comment mener à bien la transmission d’entreprise lorsque l’on souhaite que la gouvernance reste dans la famille ;
  • il revient au fils ou à la fille de remercier tous ceux ayant soutenu la famille en ce moment de peine ;
  • tout comme aux jours 7 et 40, un autre repas est encore organisé à l’occasion du premier anniversaire du décès.

Quelles sont les règles particulières qui concernent la femme endeuillée ?

L’islam a institué des règles spécifiques pour la conjointe du défunt :

  • elle est tenue de porter le deuil pendant une période de 10 jours à quatre mois ;
  • elle ne doit pas se vêtir de façon ostentatoire ;
  • elle ne doit pas non plus porter des bijoux durant le deuil ;
  • elle n’est pas autorisée à quitter son domicile sauf en cas de nécessité ; et,
  • il n’est pas admis qu’elle soit demandée en mariage tant qu’elle porte le deuil de son défunt époux.

 

Les rites funéraires s’organisent au Maroc en respectant la tradition et les préceptes de l’Islam. L’inhumation doit se faire dans les 24 heures. Avant que le soleil ne se couche si le décès est survenu dans la matinée et le matin du jour suivant en cas de décès en soirée. Tous les hommes doivent suivre le cortège funèbre le jour de l’enterrement. Par ailleurs, aucune veillée funéraire n’est organisée. Le Maroc ne déroge pas à la sobriété et à la simplicité qui caractérisent les cérémonies funéraires musulmanes.

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