Tant que la Syrie et les Etats-Unis ne parviendront pas à un accord de grande envergure, les Libanais continueront d'en faire les frais.
Il devrait désormais être évident, pour tout observateur lambda, que le retrait des forces militaires syriennes du Liban ne marquait pas la fin de la domination syrienne sur le pays. L'Iran et la Syrie se sont alliés pour contrarier, à tout moment et en tout lieu, les objectifs américano-israéliens dans la région. Malgré l'écrasante supériorité militaire des Etats-Unis et d'Israël sur leurs adversaires, l'Iran et la Syrie ont été particulièrement habiles à jouer les importuns, par l'intermédiaire du Hezbollah, du Hamas, de groupes tribaux irakiens et de milices shiites.
Quasiment tout au long de son second mandat, l'administration du président américain George W. Bush s'est montrée hostile à tout dialogue durable et sérieux avec la Syrie, préférant plutôt tenter d'isoler et de marginaliser ses dirigeants. Quant au président syrien, Bashar al-Assad, il s'est inspiré de feu son père pour montrer qu'il n'y avait pas de solutions durables aux problèmes de la région sans l'intervention de son pays.
Cependant, même les négociations entre Israël et la Syrie pour lesquelles la Turquie a servi d'intermédiaire n'ont pas persuadé les Etats-Unis d'abandonner leur politique qui consiste à ignorer diplomatiquement la Syrie tout en assenant, à la première occasion, des coups verbaux au régime.
Les Israéliens se sont montrés bien plus pragmatiques que l'administration Bush lors de leurs négociations avec la Syrie. L'actuel gouvernement israélien et son commandement militaro-policier ont conclu qu'il valait mieux se contenter de ce qu'ils avaient plutôt que de risquer de trouver pire.
Ce raisonnement permet d'expliquer pourquoi Israël s'est donné beaucoup de mal, l'été 2006, pour assurer à la Syrie qu'elle n'était pas la cible de la guerre qu'Israël menait contre le Hezbollah. Il permet également d'expliquer le peu de fuites israéliennes après le bombardement d'un prétendu réacteur nucléaire en Syrie. Pendant ce temps, même après que l'administration Bush a tenté de décourager les discussions indirectes entre Israël et la Syrie au sujet du Golan, Israël est allée de l'avant avec prudence.
Israël et la Syrie ont, tous deux, décidé qu'il serait avantageux pour eux d'officialiser ces discussions. Dans le cas d'Israël, elles peuvent obliger les Palestiniens à faire plus de concessions en insinuant qu'ils ont une alternative au rétablissement de la paix. La raison la plus stratégique est bien sûr l'espoir de voir la Syrie se détourner d'une alliance de 30 ans d'âge avec un Iran aux ambitions nucléaires.
De son côté, la Syrie veut protéger ses intérêts et s'assurer une meilleure position auprès de la prochaine administration américaine tandis que les heures de l'administration actuelle sont comptées. Néanmoins, de part et d'autre, les dirigeants savent que même s'ils parviennent à s'entendre sur des conditions de paix, le rôle du gouvernement américain sera indispensable pour qu'un traité soit conclu, que les pays y adhèrent et qu'il soit respecté.
Tout ceci laisse le Liban dans les limbes. Le Hezbollah a prouvé qu'il n'y avait pas d'alliance d'autres forces pouvant défier sa prépondérance militaire. Et le chef du Hezbollah, Cheikh Hassan Nasrallah, n'a laissé aucun doute sur le fait que son guide spirituel est le chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Khamenei. Alors que son influence au sein du groupe s'amenuise, la Syrie ne peut plus promettre de désarmer les milices du Hezbollah dans le cadre d'un traité de paix avec Israël et de nouvelles relations constructives avec les Etats-Unis.
Néanmoins, elle peut fermer le pipeline iranien chargé d'approvisionner le Hezbollah sur tout le territoire syrien. La Syrie pourrait même être plus machiavélique et oeuvrer avec les Etats-Unis et d'autres pays pour renforcer les éléments les plus laïques de la société libanaise dans le cadre d'une paix totale.
Le régime syrien se préoccupe d'abord et avant tout de sa survie. Si, en inaugurant de nouvelles relations avec les Etats-Unis et en signant un traité de paix avec Israël, elle renforce ses perspectives de longévité, elle choisira cette option – même aux dépens de l'Iran et du Hezbollah. Si un tel accord devait tarder à voir le jour, la Syrie continuerait à jouer le rôle d'importun pour autant qu'elle en ait les moyens.
Il est important qu'une nouvelle administration américaine oeuvre avec Israël et nos alliés arabes pour élaborer une stratégie visant à séparer la Syrie de l'Iran. Malgré la longévité de leur alliance, les deux régimes – l'un laïque, l'autre théocratique - ont philosophiquement peu en commun hormis leur sentiment d'insécurité à l'égard d'Israël et de l'Occident.
Heureusement, la Syrie semble ouverte à un accord de grande envergure, y compris peut-être un accord qui pourrait stabiliser le Liban sans pour autant compromettre sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.
*Theodore H. Kattouf fut ambassadeur des Etats-Unis aux Emirats Arabes Unis et en Syrie. Il est actuellement président et directeur général de AMIDEAST (www.amideast.org) et fait partie du Middle East Board de Search for Common Ground. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org.