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Pour une politique américaine sans torture


William Bache : Dans la foulée d'Abu Ghraïb, des "remises spéciales" (déportations clandestines) et de Guantanamo, la torture fait tache sur la réputation des Etats-Unis, chose qui aurait été impensable il y a quelques années à peine. Cette tache, qui a particulièrement nui aux relations avec le monde musulman, doit être éliminée, et, avec elle, tout ceux qui devraient répondre de ces actes.



Pour une politique américaine sans torture
Le Congrès des Etats-Unis doit procéder à une enquête approfondie sur les crimes de torture autorisés et exécutés par des officiels américains. Les gouvernements des autres pays doivent collaborer pour empêcher de tels abus à l'avenir et pour créer un climat de respect mutuel pour les droits de l'homme.

Le colonel Nick Rowe, célèbre pour avoir été un des rares prisonniers de guerre américains à avoir échappé à cinq années dans les geôles des communistes vietnamiens, serait le premier à s'indigner de ces faits.

Des années après ses expériences au Vietnam, il a été investi d'une mission, acceptant un rappel volontaire sous les drapeaux en 1981 pour créer le programme SERE de l'armée américaine (Survie, Evasion, Résistance). Lui-même victime de la torture, Rowe déploie tous ses efforts pour protéger et préparer les combattants américains aux horreurs de la guerre. Jamais il n'aurait imaginé que son programme deviendrait un modèle pour la campagne de "torture light" des Etats-Unis.

Dans son idée, la formation du SERE visait à permettre aux militaires américains de résister à l'isolement, à la torture et à l'endoctrinement par des pays hostiles ou des terroristes. Dans le SERE, la torture, dite "light", se résume à l'emploi de la nudité, de températures extrêmes, de positions de stress, de l'infliction de forts volumes de bruit en continu et de privation de sommeil. Ces associations de techniques "light" sont censées provoquer chez le sujet la douleur, la désorientation mentale et l'effondrement total de la volonté de résister.

Des jours et des nuits de torture incessante peuvent briser n'importe qui. Il en résulte des séquelles physiques, psychologiques, mentales et parfois spirituelles indélébiles. La torture light est conçue pour disloquer le mental et faire des victimes les complices complaisants de leurs bourreaux.

Il y a quelque temps, un citoyen allemand qui, semble-t-il, aurait été "disparu" par la CIA et déporté en Afghanistan pour y subir un régime de torture light a été placé dans une institution psychiatrique. Cinq mois après sa "disparition" – technique qui fait partie de l'arsenal de la "guerre contre la terreur" - il refaisait surface su une route de campagne en Albanie, les officiels du gouvernement américains s'étant rendu compte qu'il n'était en fait pas un terroriste. Il souffre maintenant de troubles psychologiques graves dus à la sévérité des interrogatoires et à la détention qu'il a subis.

Milt Bearden, l'officier de la CIA qui dirigeait les opérations de soutien aux moudjahidin afghans à l'époque de l'occupation de leur patrie par l'armée soviétique dans les années 80, affirme que la politique officielle des Etats-Unis sous trois présidences américaines était de considérer que toutes les parties belligérantes devait traiter leur prisonniers de guerre conformément aux Conventions de Genève, par lesquelles les signataires s'engagent à ne pas torturer les prisonniers de guerre et les civils ennemis en temps de conflit armé.

Les anciens combattants de la deuxième Guerre mondiale, les anciens du Vietnam et les soldats d'active se sont toujours opposés à la torture et au traitement inhumain des captifs. Pourquoi ces militaires, qui ont connu les horreurs de la guerre semblent-ils mieux connaître et mieux défendre les valeurs de la dignité humaine que les responsables politiques? Sans doute parce qu'ils savent que, à partir du moment où cette façon inhumaine de faire la guerre aura été reconnue comme acceptable par les Etats-Unis d'Amérique, eux-mêmes signataires des Conventions de Genève, les soldats américains risqueront beaucoup plus d'être eux-mêmes soumis à la torture et à des abus s'ils devaient se trouver aux mains de terroristes.

Notre pays doit entendre la voix de ses soldats. Il doit aussi reconnaître que faire amende honorable et accorder des réparations aux victimes de ces pratiques illégales est un aspect essentiel du processus qui nous permettra de recouvrer notre statut de nation morale et respectueuse de l'Etat de droit.

En 1999, le Président Bill Clinton s'était rendu au Guatemala pour y présenter les excuses du gouvernement américain qui, pendant 30 ans, avait apporté son soutien à une dictature militaire qui recourait aux escadrons de la mort, à la torture, aux disparitions, aux prisons secrètes et aux épurations ethniques pour réprimer son propre peuple. Grâce à cette démarche du président Clinton, le peuple guatémaltèque sait que les Etats-Unis n'apporteront plus leur soutien à des régimes répressifs dans la région.

En renouvelant cette démarche de pardon auprès des victimes innocentes de la "guerre contre la terreur", le Président George W. Bush ferait beaucoup pour redonner du lustre à une politique américaine entachée d'illégalité et d'immoralité et considérée comme anti-musulmane, les sondages le disent, depuis la Turquie jusqu'à l'Indonésie. En faisant ce geste, le Président Bush jetterait les bases d'une réconciliation possible entre les Etats-Unis et tous les peuples marginalisés du Proche-Orient et de l'Asie du Sud. Cette démarche pourrait faire avancer la cause de la justice et de la paix mondiale, en isolant, dans la foulée, les extrémistes de tout poil.

Officier de l'armée américaine à la retraite et vétéran du Vietnam, William Bache vit aujourd'hui en Turquie. En 2006, il a occupé le poste de responsable adjoint de l'éthique au Centre irakien pour les principes, les valeurs et le leadership militaire à Bagdad. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), publié d'abord dans le Washington Post/Newsweek Post Global.

William Bache - CGNews
Samedi 02 Août 2008


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