Pour Rohan Gunaratna, expert singapourien en terrorisme, "la principale menace visant les JO ne vient pas d'Al-Qaïda mais de l'ETIM", le Parti islamique du Turkestan oriental.
Cette organisation islamiste est suspectée d'avoir tué seize policiers lundi à Kashbar (ouest de la Chine), non loin de l'Afghanistan et du Pakistan.
"L'ETIM a l'intention de perpétrer des attaques en dehors du Xinjiang, en particulier à Pékin", affirme ce spécialiste.
"Des musulmans de la région ouïghoure (le Xinjiang) se sont rendus au Pakistan et en Asie centrale pour y suivre un entraînement terroriste", rappelle-t-il. Ces formations au combat se sont selon lui effectuées ces six dernières années.
Khuram Iqbal, chercheur spécialisé en islam radical, souligne que l'ETIM "est parvenu à se rétablir après que son chef eut été tué et que l'organisation eut été démantelée le 2 octobre 2003 par l'armée pakistanaise".
Un responsable chinois a annoncé mardi que dix-huit "terroristes" étrangers avaient été arrêtés cette année au Xinjiang, où elle a renforcé la sécurité.
L'ETIM figure sur la liste des organisations terroristes de l'ONU.
"Il y a un risque qui pèse sur la sécurité des jeux Olympiques", a reconnu mardi le porte-parole du Comité d'organisation (Bocog), Sun Weide. Mais les autorités peuvent assurer la sécurité de l'événement, a-t-il soutenu.
Le gouvernement chinois insiste sur le danger terroriste depuis des mois, au point de se voir reprocher d'exagérer.
Mais, pour Gunaratna, "quelle que soit la propagande qu'utiliserait Pékin, il ne faut pas sous-estimer la capacité de l'ETIM à frapper la Chine".
L'ETIM est liée à l'Union djihadiste islamique (IJU), un groupuscule islamiste actif dans les zones tribales pakistanaises proches de l'Afghanistan.
Les activistes de l'IJU/ETIM sont moins de 200, selon l'expert.
Cependant, estime-t-il, "il leur est difficile de s'infiltrer (à Pékin)".
Environ 150.000 membres des forces de sécurité sont mobilisés dans la capitale.
Selon le professeur John Harrison, de l'International Center for Political Violence and Terrorism Research de Singapour, "les Chinois ont réalisé des efforts exceptionnels pour réduire les menaces autour des Jeux".
"Ces efforts entraveront la capacité de n'importe quel groupe de planifier et de commettre un acte autrement qu'à une petite échelle", avance-t-il.
En d'autres mots, un éventuel attentat à Pékin ressemblera davantage à celui des JO d'Atlanta (1996)
une explosion d'ampleur limitée ayant fait deux morts -, qu'à celui contre les athlètes israéliens aux JO de Munich (1972), une prise d'otage conclue par un bain de sang.
Toutefois, poursuit Harrison, "vu la couverture médiatique extrême, une attaque d'ampleur restreinte peut avoir un impact disproportionné".
Selon lui, Al-Qaïda est avec l'ETIM le deuxième groupe désireux de frapper lors des Olympiades, mais le réseau de fondamentalistes sunnites ne semble pas avoir d'assise en Chine.
L'ETIM représente bien une menace pour les rassemblements de Pékin, mais celle-ci est "limitée", a-t-il résumé. En effet, "l'ETIM n'a jamais prouvé qu'il était capable d'opérer en Chine en dehors de la province du Xinjiang".
Les experts évoquent enfin le cas du Falungong, mouvement spirituel honni par Pékin, et celui des militants séparatistes tibétains. Ils jugent très peu probable que ces deux groupes d'opposants mènent des actions violentes aux JO.