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Youssef Chahine, le premier à dire 'je' dans le cinéma arabe


Figure de proue du cinéma égyptien, Youssef Chahine a su s'éloigner du genre codifié des mélodrames populaires pour tourner une oeuvre enracinée dans l'histoire de son peuple tout en se racontant à la première personne, une démarche inédite dans le cinéma arabe.



Youssef Chahine, le premier à dire 'je' dans le cinéma arabe
Chahine est "le produit d'une industrie, d'un vrai cinéma national, le Hollywood arabe", affirme le critique de cinéma Thierry Jousse, qui en 1996, a dirigé un numéro spécial des Cahiers du cinéma consacré au cinéaste.

Mais il a su "à la fois oeuvrer dans ce système et dans un cinéma plus personnel", estime M. Jousse.

Formé aux Etats-Unis, marqué par le cinéma américain, Chahine débute, à son retour en Egypte en 1948, par le genre obligé du mélodrame, dans lequel il introduit un ton réaliste et social, avec "Les Eaux noires" (1956), premier film arabe à évoquer la vie ouvrière, ou "Gare centrale" (1958) où il joue un criminel simple d'esprit.

Avec son montage rapide, ses récits parallèles et ses cadrages étudiés, "Gare centrale" rompt avec le récit linéaire et le tempo lent traditionnels.

Il parie sur des inconnus tels qu'Omar Sharif dans "Ciel d'enfer" (1954).

"Dès ses débuts en 1950, alors qu'il n'avait pas 25 ans", Chahine a pratiqué un cinéma d'auteur qui avant lui, "n'avait pratiquement pas droit de cité en Egypte", déclarait le critique de cinéma égyptien Samir Farid à l'occasion de la rétrospective intégrale organisée par le Festival de Locarno en 1996.

Parfois accusé d'avoir un style "occidental", Youssef Chahine a été "important au niveau de la liberté de ton et la liberté tout court", estime Magda Wassef, qui dirige le département cinéma à l'Institut du monde arabe.

Il renoue avec la tradition orientale du conte, ignorée par le cinéma égyptien, avec le film historique pro-nassérien "Saladin" puis "La Terre" (1969) qui relate la collusion des grands propriétaires avec les Britanniques.

A partir de "L'aube d'un jour nouveau" (1974), il se consacre à l'analyse de la société égyptienne, ses clivages et ses problèmes, avec la volonté de faire de chaque film un spectacle qui "s'oppose à l'ignorance et à la mystification".

Il co-produit ses films avec l'Algérie dans les années 70, puis la France à partir des années 80 et son oeuvre, au contact de deux continents, deux civilisations, reflète les grandes questions qui agitent le monde contemporain.

Après "Le moineau" et "Adieu Bonaparte" avec Patrice Chéreau, Chahine revient sur sa jeunesse dans une trilogie semi-autobiographique - "Alexandrie, pourquoi ?" (1979) "La Mémoire" (1982), "Alexandrie encore et toujours" (1990).

"A la fin des années 70, il a commencé un nouveau cycle, en réalisant des films qui parlent de lui à la première personne, ce qui est inédit dans la culture arabe", juge Magda Wassef.

Il a ainsi ouvert une voie qui "a permis à d'autres, son compatriote Yousry Nasrallah ou le Tunisien Nouri Bouzid, de se raconter".

Imprégné par la tolérance religieuse et l'ouverture qui caractérisent sa ville natale, Alexandrie, cosmopolite cité portuaire, Youssef Chahine a fait montre d'une liberté de pensée qui s'est souvent heurtée à la censure.

Chahine "a eu à faire face, à de maintes reprises, à des interdits et des procès comme celui intenté à +L'Immigré+", rappelle Magda Wassef.

Sa réponse aux islamistes sera "Le Destin" (1997), où le cinéaste fait du philosophe Averroes le symbole d'une tolérance combattue par une secte de fous de Dieu, dans l'Andalousie du XIIe siècle.

"Il a toujours défendu la tolérance et les diversités, exprimant une volonté de rapprochement dans une région sensible", estime Mme Wassef.

AFP
Dimanche 27 Juillet 2008




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