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D’un Maroc l’autre


Maati kabbal -Paris : Aux côtés d’Ernest Hemingway, Louis-Ferdinand Céline, Albert Londres et bien d’autres, Georges Orwell, de son vrai nom Eric Blair, est considéré comme l’un des écrivains-journalistes qui ont trempé leur plume dans les affres de la mort et de la souffrance humaine en en faisant des matériaux de fiction, poignants et émouvants.



Maati kabbal
Maati kabbal
Ecrivain épique et visionnaire, il a su dans des récits traduits dans de nombreuses langues, tels la Ferme des animaux, paru en 1945 et son récit éponyme, 1984, ( publié peu de temps avant sa mort en 1950), mettre en exergue la méchanceté gratuite et la volonté de formatage de l'homme par l'homme.

Nul autre écrivain que lui n'a peint d'une manière chirurgicale le totalitarisme dans sa forme la plus épurée, la plus froide et la plus déshumanisée. Déjà célèbre de son vivant, Georges Orwell aura droit à nouveau à un nouveau coup d'éternité, puisque dès le 9 août, il ressurgit à travers son blog, concocté et mis en ligne par  l'association l'Orwell Prize. Jusqu'à 2012, les Orwelliens pourront ainsi lire et commenter le journal de l'écrivain globe- trotter britannique.

Le journal commence donc le 9 août 1938 au Maroc. Orwell y était venu pour convalescence, suite à une tuberculose qui l'emportera en 1950. Pendant un an, il capta pour les dérouler avec précision des choses vues, entendues d'un Maroc qui, visiblement n'exerça aucun attrait sur lui. Tout était pour lui  prétexte à l'écriture : faune, flore, climat,  hommes. Il aiguisa cette curiosité comme s'il voulait tromper la mort. Sur les Marocains, Georges Orwell y introduit un fâcheux distinguo entre Arabes et Chleuhs : « Les Chleuhs semblent des gens plutôt remarquables.

L'apparence des hommes n'est pas très différente de celle des Arabes, mais les femmes sont extrêmement frappantes. En général, elles sont plutôt belles, parfois suffisamment belles pour se mettre du rouge aux joues, avec des cheveux noirs et des yeux remarquables. Aucune n'est voilée, et toutes portent un tissu autour de la tête, attaché par une corde bleue ou noire, les couleurs dominantes de leur vêtement étant rouge ou bleu. Toutes les femmes portent des tatouages au menton et parfois sur chaque joue… »

Mais ne nous hâtons pas de tirer à boulets rouges sur lui. Attendons la publication sur ce blog de la totalité de ses impressions sur le Maroc d'ici fin 2009 pour savoir s'il était un amoureux du Maroc ou  si ses écrits participent de cette littérature qualifiée par Edward Saïd de fantasmatique, qui consiste à faire de l'autre sa propre fiction. Le blogue de George Orwell est accessible en anglais à l'adresse suivante: http://orwelldiaries.wordpress.com/

Tahir Shah est un autre britannique qui nous vient du brouillard et du froid. Né à Londres le 16 Novembre 1966, il  étudia à l'école Bryanston, Dorset, en Angleterre. Son père n'est autre que le célèbre soufi Idries Shah, maître à penser de plusieurs intellectuels et écrivains occidentaux dont le prix Nobel de littérature Doris Lessing. 

Pas de doute, Tahir Shah est éperdument amoureux du Maroc ; lassé de la grisaille et du flegme britannique, il prend femme et enfants et débarque dans la banlieue de Casablanca pour s'y fixer à jamais, dans une grande maison au milieu d'un grand bidonville de la ville. Comme Orwell, Shah a la bougeotte. il sillonne le monde sur les traces des grands voyageurs nomades. Ce sens du mouvement et de l'aventure, il le tient de ses ancêtres afghans, guerriers et bâtisseurs. Issu d'une famille soufie afghane, le prince Tahir Shah trouve sa quiétude dans l'écriture  auprès des pauvres.

Il est l'auteur de nombreux récits traduits dans plusieurs langues. Après le décapant roman «Apprenti sorcier» où il revenait sur sa vie parmi de grands « sages », qui ne sont en fait que des charlatans, il vient de publier en traduction française aux éditions le Fallois La maison du Calife. Le héros débarque donc à Casablanca et trouve un ancien Riad délabré à la lisière du bidonville de Casa. Il l'achète, engage des ouvriers pour le reconstruire à l'identique. Seulement voilà, et c'est là que commencent les tracas : le lieu est hanté par des jnoun !! Il doit les affronter, faire appel, selon les exhortations des ouvriers, aux fuqaha pour purifier les lieux. 

La maison finit par s'élever non sans suspense et angoisse. Salué à sa parution en Angleterre en 2006 par Time comme " l'un des dix meilleurs livres de l'année 2006 ", la Maison du Calife, fait partie de cette littérature anglo-saxonne où les maisons forment des personnages à part entière puisque dotées d'une âme, d'une vie et d'un passé. Et parce que habitées par Ahl lamkan ! Tahir Shah nous en fait vivre ici les vibrations et les chuchotements.

Maati kabbal
Vendredi 15 Août 2008





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