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L’après-Moucharraf: un problème pour le Pakistan


Ershad Mahmud : Le peuple pakistanais a poussé un ouf de soulagement : le président Pervez Moucharraf a fini par démissionner, sous la pression, énorme, de la coalition qui gouverne le pays. Mais cela n’a pas duré. Le 25 août, Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane du Pakistan ((PML-N), quittait, avec son parti, la coalition formée avec le Parti du Peuple du Pakistan (PPP) qui est au pouvoir.



le président Pervez Moucharraf
le président Pervez Moucharraf
C'est maintenant que les choses sérieuses commencent pour le nouveau gouvernement du Pakistan.

Tandis que le PPP et le PML-N doivent régler leur différend sur la réintégration du Premier Président de la Cour Suprême, Ifthikhar Chaudhry, le chef du PPP, Asif Ali Zardari pose sa candidature à la présidence du pays. Le combat contre le terrorisme au Pakistan et au-delà de ses frontières est loin d'être terminé. Aucun gouvernement, aucun parti ne peut, à lui seul, affronter et vaincre cette menace, mais, s'ils œuvrent ensemble, ces deux partis sont capables d'isoler les voix extrémistes et d'affaiblir la base où elles puisent leur force.

En même temps qu'il lui ouvre des perspectives, le départ de Moucharraf pose des problèmes à ce fragile gouvernement. Le premier test auquel celui-ci doit faire face c'est de blanchir le pays de l'accusation, lancée par les Occidentaux, de donner abri à des terroristes. Tout récemment encore, de hautes autorités américaines, parmi lesquelles des chefs du renseignement, accusaient ouvertement Islamabad de maintenir des liens avec les rebelles taliban en Afghanistan : c'est une illustration du déficit de confiance grandissant entre les deux gouvernements.
Ces derniers mois, pour aller attaquer les combattants talibans, les forces américaines ont violé à plusieurs reprises l'intégrité territoriale du Pakistan. En outre, le président Hamid Karzaï n'a cessé de presser les forces alliées stationnées au Pakistan d'aller détruire des sanctuaires terroristes à l'intérieur du Pakistan, détériorant plus encore les relations pakistano-américaines et pakistano-afghanes.

À l'intérieur du pays, des bandes armées ont gravement défié l'autorité du gouvernement sur la province du Baloutchistan et sur les zones tribales administrées par le gouvernement fédéral (FATA). S'il est exact que celui-ci a conclu, dans les FATA, bon nombre d'accords avec des combattants, tous ces efforts ont fini par capoter. Les Taliban locaux, forts du soutien idéologique et logistique que leur apportent leurs homologues afghans, n'ont jamais accepté de cesser leurs activités militaires sur la Ligne Durand, qui sépare le Pakistan de l'Afghanistan. De plus, ils ont visé sans relâche, depuis des années, des installations pakistanaises de sécurité, cherchant à miner l'autorité du gouvernement.

Par bonheur, le gouvernement du pays, conduit par le PPP, bénéficie du soutien des deux partis-clef dans la Province de la Frontière nord-occidentale (NWFP) ; le Parti National Axami et l'Assemblée du clergé musulman (Jamiat Ulema-e-Islam), ou JUI. Si le premier jouit d'une influence solide sur l'aile libérale et nationaliste de la société pachtoune, le second passe pour être un acteur religieux-clef dans la NWFP.

S'il décide de présenter à nouveau un front uni, le nouveau gouvernement doit développer une collaboration intensive avec les forces armées du Pakistan. Nouveau chef d'état-major, le général Ashfaq Kayani a fait le choix stratégique de tenir l'armée hors des querelles politiciennes, en apportant un soutien total à tout gouvernement démocratiquement élu. Dans un environnement ainsi stabilisé, les décisions concernant la sécurité devraient impliquer l'institution militaire, étant donné le rôle qu'elle joue dans la mise en œuvre de cette politique.

La stabilité interne du Pakistan, comme ses relations actuelles avec les Etats-Unis, est liée à son rôle en Afghanistan. Il est souhaitable que ce pays réaffirme son respect de la souveraineté afghane, tout en refusant fermement que son sol soit utilisé par des forces extérieures pour déstabiliser l'Afghanistan.

La méfiance régnant à l'heure actuelle entre le Pakistan, les Etats-Unis et l'Afghanistan est exploitée par les Taliban, et invalide tous les efforts pour rétablir la sécurité dans la région. Seules la paix et la stabilité en Afghanistan peuvent garantir le même résultat au Pakistan. La coalition au pouvoir à Islamabad ne doit pas perdre de vue que tout ce qui arrive en Afghanistan déborde sur le Pakistan.

* Ershad Mahmud est un politologue qui travaille à Islamabad. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org

Ershad Mahmud
Vendredi 05 Septembre 2008





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AFEM Certifiée - 29/10/2008

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