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My Hicham Mouatadid à eMarrakech.info : Pratiquer la diplomatie en tant que science


eMarrakech - Au Maroc, comment sont perçues notre diplomatie et notre politique étrangère par les connaisseurs en le domaine; des questions posées par eMarrakech Info au jeune académique politique My Hicham Mouatadid*, spécialiste dans les relations internationales et régionales, à l'occasion de la sortie de son dernier livre : LE GUIDE DIPLOMATIQUE DU MAGHREB.



My Hicham Mouatadid
My Hicham Mouatadid
La diplomatie est une image d'un pays ou d'une région commercialisée à l'extérieur; à quel point cette formule vous parait juste?

La diplomatie, dans ce sens de définition très courte et étroite, c'est plutôt l'image qu'on veut accorder ou commercialiser à l'extérieur d'un ou plusieurs États, ou comme vous venez de dire d'une région bien déterminée, et non pas tout simplement l'image d'un pays ou d'une région. Sinon on aura pas besoin d'un ou plusieurs appareils institutionnels chargés de l'élaboration, l'étude et la mise en œuvre de toute une politique stratégique pour faire passer l'image voulue et non pas l'image réelle et concrète du territoire en question.

Et d'ailleurs, c'est pourquoi je pense que c'est plus le politologue (et je dis bien le politologue et non pas le politicien) ou l'académicien qui peuvent être capable de transmettre l'image (concrète) d'un pays jusqu'à certains points, s'ils respectent bien sûr les principes de la science et le domaine académique à travers leurs interventions et écrits. Autrement dit, et d'une manière métaphorique la diplomatie c'est plus le visage maquillé d'un corps bien esthétisé de l'État à l'étranger. Et c'est justement parmi les missions clés de la diplomatie. Encore faut-il faire attention de la grande distinction existant entre ce qu'on appelle diplomatie et politique étrangère malgré la convergence et les liens très étroits entre ces deux.

Pour la région du Maghreb, il est clair, selon les observateurs, que la diplomatie marocaine n'a pas grand poids sur la scène internationale? (Je précise bien, la diplomatie, le ministère des AE)

Avoir du poids au niveau de la diplomatie est souvent lié à l'action de l'institution ou les organismes chargés d'en faire la mission. Pour ce qui est du Maroc, la pratique de la diplomatie ne relève pas uniquement de la compétence du ministère des affaires étrangères et de la coopération mais aussi et surtout de l'institution monarchique, sans négliger bien sûr l'émergence des organismes non gouvernementaux qui peuvent se permettre de participer d'une manière ou d'une autre à la diplomatie d'un pays, et le Maroc qui connaît le mouvement m'échappe pas à ce phénomène. 

La diplomatie marocaine a connu un changement, ou si vous voulez un déséquilibre au niveau de sa pratique diplomatique, et cela a influencé naturellement le poids de sa mission sur la scène internationale.

Autrement dit, sous le règne de SM Hassan II, l'institution monarchique jouait un rôle remarquable et duale au niveau de l'équation diplomatique du Maroc sur la scène internationale, est ce, en pratiquant une diplomatie de valeur et professionnelle  sans marginaliser sa coordination avec la politique étrangère du pays. Par ailleurs, avec l'arrivée de SM Mohamed VI au Trône, nous avons constaté que d'après ses années de règnes, l'institution monarchique a délégué d'une manière quasi-totale la pratique diplomatique au ministère des affaires étrangères et de la coopération, mais sans transmettre les files et la compétence de la politique étrangère du pays.  Cela peut nous permettre de déduire que désormais, l'institution chargée de pratiquer la diplomatie est en phase d'adaptation et de familiarisation.

Cependant, le nouveau phénomène sur la scène actuellement et qui accompagne l'institution monarchique et le ministère des affaires étrangères c'est les ONG, ceux-ci jouent un rôle très important au niveau de ce domaine. Donc brièvement c'est plus un déséquilibre qui a influencé le poids de la diplomatie marocaine.

Elle est en phase de transition, ou si vous voulez elle est entrain de remettre les roues sur les rails, et c'est normal qu'il lui faut du temps, mais juste il faut œuvrer d'une manière scientifique et non traditionnelle. Ce que je veux dire c'est considérer et pratiquer la diplomatie en tant que science si on veut se permettre une base d'action solide et durable.

Durant les années soixante-dix et quatre-vingt, la diplomatie marocaine a beaucoup peiné et ça dure encore. Qu'en pensez-vous?

Si elle a beaucoup peinée pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, cela est lié plus à une question de gestion. Pendant cette phase plusieurs dossiers internes étaient sous la loupe et doivent être réglés et finalisés. Donc toute la concentration et les efforts de l'État étaient pour la régularisation de la situation interne, et c'était aussi parmi les périodes les plus sensibles dans la construction de l'Etat au sens politique et administratif du terme. Donc et comme je l'avais dit, c'est une question de gestion. C'est vrai la diplomatie marocaine a beaucoup peiné (jusqu'à certains points), mais l'énergie était plus à l'intérieure.

Vous vous rappelez, Mohamed Bedjaoui, le MAE algérien, un type qui manque à la diplomatie marocaine et maghrébine actuellement?

Comme j'ai dit, il faut éviter de continuer à rester dans un cadre traditionnel et limité des choses. Ce qu'il faut c'est de prendre et pratiquer la diplomatie en tant que science, elle ne doit pas être ou rester liée à une personne, ou à un groupe de personnes. Pour assurer un excellent parcours diplomatique afin d'en avoir le poids désiré et la continuation souhaitée, il nous faut instaurer des stratégies, élaborer des politiques et étudier les objectifs. C'est mieux d'avoir une feuille de route et un travail institutionnel scientifiquement établi, que d'avoir une personne ou un groupement de personnes qui peuvent incarner toute la diplomatie d'un État à travers leur personne. Autrement dit, pour assurer une diplomatie forte et constante, elle doit être fortement institutionnalisée que personnalisée. Ceci nous assure la continuation.
 
Les diplomates marocains ont marqué l'histoire, ils avaient une force de présence lors des pourparlers, actuellement on remarque le contraire! Un point de vue, est-il acceptable?

Dans une telle situation le problème réside en la compétence, la formation et surtout l'expérience de la personne-diplomate. Le rôle et la politique de l'État déterminent aussi jusqu'à un certain point la présence de sa diplomatie lors des pourparlers. Donc la force de l'État et la compétence du diplomate sont les deux facteurs déterminants. Reste à savoir est-ce que cette absence est liée à l'absence de la compétence chez nos diplomates ou plutôt à la faiblesse de l'État Marocain ?!

Couverture du livre
Couverture du livre
Moulay Hicham Mouatadid

Né le 14 août 1984 à Rabat, chercheur en études stratégiques et politiques à l'univeristé de Montréal au Québéc, est l'auteur de trois ouvrages:
1- Trente six discours pour agir : les performances lexicales de la diplomatie Jettou.
2- Lévesque á travers l'analyse méthodique de ses discours politiques.
3- La voie diplomatique de Hassan II.

Vient de sortir à l'auteur : LE GUIDE DIPLOMATIQUE DU MAGHREB

Propos receuillis par eMarrakech.info
Mercredi 23 Juillet 2008


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