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Au-delà des paroles, le dialogue


Rabbin David Rosen : La semaine dernière, un long cortège bigarré de princes arabes et de religieux musulmans rencontrait des représentants des principales religions du monde au Palais royal du Prado. Contrairement à la presse arabe, les moyens d'information occidentaux n'ont pas vraiment pris la mesure de cette rencontre madrilène. En effet, c'était la toute première fois qu'un dirigeant arabe musulman convoquait une conférence interconfessionnelle, inaugurée, de surcroît, par le roi de l'Arabie saoudite, bastion du conservatisme musulman s'il en fut.



Le roi Abdullah bin Abdulaziz Al Saud
Le roi Abdullah bin Abdulaziz Al Saud
Lors de la cérémonie d'ouverture, le roi Abdullah bin Abdulaziz Al Saud s'est dit convaincu que la religion authentique s'exprime dans un esprit de modération et de tolérance, que la concorde doit prévaloir sur le conflit. Pour relever les défis mondiaux de notre époque, la coopération et la collaboration entre les différentes religions est indispensable, a-t-il dit.

Ce feu vert donné au dialogue et à la collaboration interconfessionnels a ouvert les portes aux curieux mais prudents. En tant que membres de la délégation juive – qui se composait de quelque 15 rabbins et érudits – nous nous sentions concernés au premier chef par sa "permission".

Les journalistes arabes nous interviewaient sans répit, des personnalités arabes éminentes voulaient nous parler - la plupart d'entre eux n'ayant jamais vu un juif de près, encore moins un rabbin. Cette rencontre a allumé une flamme humanisante qui a commencé à brûler l'image diabolisée que nous avions de l'autre. Ne serait-ce que pour cela, ça en valait bien la peine.

Comme souvent dans les conférences, les conversations en dehors de la salle se prêtaient beaucoup plus à des échanges de fond - surtout à l'heure des repas. (Je dois souligner que les organisateurs musulmans avaient commandé des repas cachères pour les participants juifs, ce qui en dit long sur la considération et le respect témoignés par nos hôtes).

Au cours d'un de ces repas, nos interlocuteurs saoudiens s'efforçaient de nous faire mesurer le courage du roi Abdullah, âgé de 85 ans. Son désir, nous dit l'un d'eux, n'est pas seulement que l'Arabie saoudite joue un rôle plus engagé dans le monde et dans les religions du monde, mais aussi que le pays lui-même s'ouvre au monde extérieur.

C'est la Ligue islamique mondiale (LIM), porteuse d'une idéologie très conservatrice, qui avait reçu pour mission d'organiser la conférence de telle manière que l'initiative jouisse d'une "couverture" religieuse considérable. Mais il faut bien comprendre que pour la LIM, c'était un saut dans l'inconnu. Les préparatifs, la liste des invités, les invitations, le programme même – tout trahissait une ignorance absolue du terrain interconfessionnel en général et des diverses communautés religieuses en particulier. Mais là encore, ces défaillances ne faisaient que rehausser la nouveauté et, de ce fait, la portée de la décision du roi Abdullah d'aller en première ligne.

J'avais été invité en tant que dirigeant juif spécialiste du domaine interconfessionnel et non en tant qu'Israélien. Mais les médias s'étaient abondamment étendus sur ma citoyenneté israélienne. Bien que le déroulement des séances ait été minutieusement orchestré, les débats ont pris une tournure passionnée, voire échauffée, à l'occasion d'un petit incident: à l'avant-dernière séance, un des intervenants s'était livré à l'inévitable tirade selon laquelle, si le dialogue avec les juifs est permis (voire désirable), le dialogue avec Israël ne l'est pas. L'orateur m'a alors invité à répondre à cette prise de position.

Je lui répondis que le dialogue authentique n'est pas celui où une partie définit la nature de l'autre, mais bien celui où chacun s'efforce sincèrement de comprendre les autres comme ils se voient eux-mêmes. Le judaïsme a toujours été inexorablement lié à la terre d'Israël. Certes, il ne faut pas pour autant justifier des actes ou des démarches qui iraient à l'encontre des fondements éthiques du judaïsme. Mais nier ou tenter de dissocier ce lien serait refuser d'accepter, voire de respecter, la façon dont la plupart des juifs eux-mêmes se définissent. Qui plus est, Israël est une composante tellement essentielle de la vie judaïque que, sans représentation religieuse israélienne, aucun dialogue ne pourra jamais être ni exhaustif ni crédible.

Certains participants musulmans ont réagi négativement, affirmant que le débat, jusque là empreint d'irénisme, s'était politisé. D'autres, plus constructifs, ont fait remarquer que, en étendant ce principe, les juifs peuvent comprendre ce que Jérusalem représente pour les musulmans, ainsi que la solidarité des musulmans envers leurs frères palestiniens.

Mais le plus remarquable dans tout cela, c'est peut-être l'esprit de respect qui a caractérisé cette discussion: plusieurs personnes y ont vu comme une libération. En effet, tout au long des débats, le spectre du conflit israélo-palestinien, qui n'avait jamais été évoqué, avait constamment plané sur la salle. L'occasion, enfin donnée, de pouvoir en parler dans le cadre d'un débat d'idées respectueux, avait détendu l'atmosphère.

Il fallait s'y attendre: la déclaration de clôture fut une pieuse déclaration de bonnes intentions, mais qui témoignent cependant du désir des Saoudiens de poursuivre ce tout nouveau travail. Il ne faut pas sous-estimer cet aspect: la plus haute autorité d'un pays situé au coeur de l'islam a pris l'initiative du dialogue interconfessionnel dans l'intention déclarée d'aborder les problèmes de notre époque et de résoudre les conflits. J'en suis convaincu: la rencontre du 16 juillet 2008 à Madrid est un événement considérable, tant pour le Proche-Orient que pour le monde en général.

Le rabbin David Rosen est directeur international pour les questions interconfessionnelles du Comité juif américain et conseiller interconfessionnel auprès du Grand rabbinat d'Israël. Cet article, qui fait partie d'une série sur les relations entre juifs et musulmans, écrite pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), est accessible sur www.commongroundnews.org

Rabbin David Rosen - CGNews
Samedi 02 Août 2008


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D'un Maroc l'autre - 15/08/2008

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