Accueil  >  ACTUS  >  CHRONIQUE

Accueil Accueil    Envoyer Envoyer    Imprimer Imprimer    Grand texte Grand texte    Petit texte Petit texte

La politique des Etats-Unis n'est pas un bouc émissaire pour les extrémistes


Daniel Yankelovich : A mesure que la course à la présidence des Etats-Unis s'accélère, la menace que pose l'extrémisme musulman ne manque pas de jouer un rôle prépondérant dans la campagne. La raison en l'engagement américain dans la guerre d'Irak. Selon les sondages, la plupart des Américains estiment que l'Irak est le problème numéro un de la politique étrangère de leur pays et ils sont nombreux à penser que cette guerre augmente le risque d'attaques terroristes futures contre les Etats-Unis et leurs alliés. Pour le candidat républicain présomptif, John McCain, la menace de l'extrémisme musulman serait le « défi le plus transcendant de notre époque ».



La guerre d'Irak
La guerre d'Irak
Comment les candidats – et les électeurs – relèveront-ils ce défi? Selon leur réponse, les Etats-Unis pourront ou non échapper au "piège du bouc émissaire" dans lequel nous sommes tombés, et la campagne pourra soit unifier la nation autour de cette question de politique étrangère vitale, soit la polariser plus encore.

Depuis 18 mois, je travaille, avec un groupe de responsables, à l'élaboration de nouvelles stratégies pour contrer l'extrémisme musulman, en analysant les causes profondes des tensions avec les musulmans dans divers pays du monde et en cherchant à améliorer notre propre sécurité par l'atténuation de ces tensions.

Nous avons constaté que l'occupation militaire de l'Irak et de l'Afghanistan par l'armée américaine a fait le jeu des extrémistes musulmans, qui ont fait de nous la victime expiatoire de tous les échecs subis par tant de pays musulmans dans leur quête d'une société plus prospère.

Privés d'un soutien élargi, les extrémistes ne constituent pas en soi une menace grave, car ils ne sont qu'une infime minorité parmi les 1,4 milliards de musulmans que compte la planète. Les données des sondages Gallup montrent clairement que la grande majorité des musulmans réprouvent les attentats contre les civils et révèrent la foi d'Abraham qui les guide dans la voie du devoir et de la morale.

Notre recours à la force des armes dans deux pays musulmans et nos menaces contre un troisième (l'Iran), accréditent la thèse des extrémistes selon laquelle les Etats-Unis seraient "en guerre" contre l'Islam, qu'ils ne respectent ni les valeurs ni les croyances musulmans et qu'ils ont pour but d'imposer notre culture étrangère à tout le monde musulman. Ces affirmations enflamment l'opinion publique musulmane et réduisent à néant tous les efforts que déploient le clergé et les dirigeants musulmans modérés pour contrer l'extrémisme.

Si nous trouvions un moyen de nous extraire de notre rôle militaire actif en Irak, si nous pouvions tendre la main de la paix et de l'entente aux dirigeants pacifiques du monde musulman (comme ceux qui dirigent actuellement la Turquie), si nous pouvions venir en aide aux communautés musulmanes, comme nous l'avons si bien fait après les ravages du tsunami sur les côtes de l'Indonésie, les extrémistes se trouveraient de plus en plus isolés. De plus, notre capacité à recueillir des renseignements et à gêner leurs activités y gagnerait énormément.

Pour réussir, la stratégie destinée à isoler les extrémistes ne peut compter sur la seule force militaire. Une étude commandée à Rand par le ministère de la défense est sans équivoque à ce sujet. David C. Compert, l'auteur principal de ce rapport l'affirme: "ce serait une profonde erreur de conclure… que tout ce qu'il faut pour vaincre les insurrections islamiques consiste à renforcer les moyens militaires mis en œuvre par les Etats-Unis".

Lorsque ce sont les mêmes soldats américains, en Irak et en Afghanistan, qui aident un jour à creuser des puits et à construire des écoles, et qui viennent le lendemain bombarder les insurgés, tuant accidentellement des civils au passage, on ne peut s'étonner d'être mal compris. Ces dernières années, un nombre croissant d'Américains (jusqu'à 65% aujourd'hui) se rendent compte que nous avons trop fait confiance à la force militaire et pas assez à des initiatives politiques, diplomatiques, et économiques.

Pour les Américains et pour tous les peuples épris de paix, de prospérité et de justice, le défi réellement transcendent de notre époque consiste à surmonter les craintes et la méfiance qui font croire à trop de gens, ici comme ailleurs, que nous sommes inextricablement piégés dans une guerre des civilisations. Une politique bipartisane constructive comprendrait, tout en reconnaissant que la menace musulmane extrémiste est grave et urgente, que des stratégies politiques et économiques avisées ferait plus pour la réduire que ne le fera jamais notre engagement militaire in Irak.

L'Occident a réussi à gagner la guerre froide grâce à une patiente politique d'endiguement, et en montrant au reste du monde l'exemple des bienfaits d'une société libre qui a su surmonter les fanatismes idéologiques. Avec d'autres méthodes aujourd'hui, c'est encore ce que nous devons faire pour vaincre le terrorisme, pour empêcher les pays dirigés par des dictateurs instables d'acquérir et de propager des armes de destruction massive et pour redorer notre blason de grande démocratie mondiale.

Daniel Yankelovich est président de l'organisation à but non lucratif Public Agenda et membre du Leadership Group on US-Muslim Engagement. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews) et publié d'abord dans le Minneapolis Star Tribune.

Daniel Yankelovich - CGNews
Samedi 26 Juillet 2008


Scoopeo Fuzz Digg Del.icio.us Blogmemes Tape-moi Nououz Blinklist Furl Y! Co.mments Blogmarks Del.irio.us Technorati Meneame Wikio Facebook Google MySpace



Commentaires articles

D'un Maroc l'autre - 15/08/2008

|1| >>

TOURISME | ECONOMIE | CHRONIQUE | MEDIAS | SPORT | SOCIETE | CUISINES.MA | CHRONIQUE ROUGE


Participez à la rédaction sur eMarrakech. Envoyez-nous vos informations, vos vidéos et vos liens préférés




S'identifier

Si vous rencontriez le maire de votre ville, que lui diriez-vous ?










VOS COMMENTAIRES SUR NOTRE FORUM