Les communautés religieuses ont progressivement testé Online Waters, ayant déjà créé des offices religieux électroniques, des lieux de culte construits dans le monde virtuel de Second Life et d'innombrables groupes de réseautage social qui se consacrent à promouvoir les religions.
Le clergé a également appris à se servir du Web pour développer ses messages – les sermons du dimanche sont désormais, en un clic, téléchargés sur un iPod. Mais ces entreprises limitent le dialogue religieux à sa propre communauté et fait plus ressortir les différences doctrinales que la concertation interreligieuse.
Cependant, ces dernières années, l'Internet a subi une transformation passant de Web 1.0 à Web 2.0. Alors que l'ancien modèle regroupait l'édition dans les mains de quelques éditeurs, Web 2.0 a permis aux bloggers de publier directement leur propre contenu et aux internautes d'initier leurs propres conversations. Cette évolution de la communication interne à l'interaction sociale a également des répercussions sur la communauté interreligieuse.
Au début du mois dernier, Faithbook est sortie: une page sociale lancée sur Facebook, la très populaire plate-forme de réseautage social. Issue d'une idée originale d'une organisation britannique de juifs, le Mouvement pour un judaïsme réformé, Faithbook a été conçue pour réunir des personnes de croyances diverses sur l'Internet, exploitant les technologies de ce Web 2.0 comme réseautage social.
Dans les médias traditionnels, les collaborations entre religions sont souvent limitées à ceux qui occupent des postes à responsabilité – comme la réunion de représentants religieux pour des débats télévisés. Maintenant, l'Internet ouvre un forum de dialogue pour les masses. Les personnes qui vont souvent à l'église, à la mosquée, au temple et à la synagogue peuvent se parler directement sans la médiation de leurs guides.
Soutenu successivement par l'Institut islamique de Londres, le plus ancien groupe de réflexion islamique du Royaume-Uni, Faithbook promet de "susciter un dialogue interreligieux sérieux à travers le Royaume-Uni et le reste du monde", utilisant des images, des vidéos et des commentaires de personnes appartenant aux principales religions. Le directeur de l'Institut islamique, Ghayasuddin Siddiqui, a ajouté: "peu importe notre bagage culturel, nous devons reconnaître que notre créateur est le même, quel que soit le nom qu'on lui donne."
Le but de Faithbook est de contrer l'extrémisme religieux qui tend à se propager dans la sphère virtuelle en grande partie peu modérée. "Nous devons lutter contre cela et créer un espace où les gens qui ne se rencontreront peut-être pas peuvent avoir un débat constructif", a indiqué Rabbi Shoshana Boyd Gelfand, directeur exécutif du Mouvement pour un judaïsme réformé.
La solution de rechange à un débat constructif est claire partout ailleurs, même sur Facebook. Sur le groupe "Boycott Islam and all things Muslim", on ne trouve aucune des finesses de Faithbook. Le potentiel d'une discussion religieuse en ligne, bien qu'existant, revêt souvent une forme brutale et passionnée.
Jusqu'ici, la page Faithbook semble remplir sa mission constructive : ses pages ne sont pas couvertes d'abus et son contenu est positif. Les images qui figurent sur le site vont du dalaï-lama (l'un des plus éminents défenseurs du dialogue interreligieux au monde actuellement), au Siddur, un livre de prière juif. L'inconvénient, c'est que la page ne revendique que 640 membres, ce qui est peu compte tenu de la récente publicité qui a été faite et de l'énorme portée de Facebook. (En revanche, "stop Facebook closing down" comptabilise aujourd'hui près de 2 millions de membres.)
Parmi les plus grands défis à la croissance, figure le fait que la page Faithbook, à l'instar de nombreuses initiatives interreligieuses, a été mise en application par les instances supérieures des organisations religieuses.
Des divergences d'opinions entre le sommet et la base se sont manifestées récemment lors du débat suscité par la remarque de l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, selon laquelle la loi de la charia (qui repose sur des principes islamiques) devrait être incorporée, dans une certaine mesure, dans le droit anglais – un point de vue que ne partagent pas nécessairement ses fidèles. L'une des leçons de Web 2.0 est que certains des mouvements les plus efficaces grandissent de bas en haut et de bouche à oreille s'établissant au travers de blogs et d' emails.
Néanmoins, un réseautage social en ligne constructif et coopératif entre les religions semble possible. Les rubriques religion en ligne des journaux nationaux dans différents pays deviennent vite populaires (il y a même un blog nommé Faithbook sur le site Web du Washington Post/Newsweek) et les commentaires qui accompagnent les articles ayant trait à la religion sont de plus en plus animés. Les groupes interreligieux développent leur présence en ligne. La volonté d'échanger des idées et de trouver un terrain d'entente est bien réelle.
Jude Townend est journaliste et exerce actuellement au Royaume-Uni. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org.